MONTESQUIEU A HUME
Hill-Burton (J.), Life and correspondence of David Hume... (Edimbourg, 1846, 2 vol. in-S»), t. I, p. 456; d'après les manuscrits de la Royal Society of Edimburgh. — Laboulaye, VII, p. 820.
A Bordeaux, ce ig mai 1749.
J'ai reçu, Monsieur, comme une chose très précieuse la belle lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire au sujet de mon ouvrage. Elle est remplie de réflexions si judicieuses et si sincères que je ne saurais vous dire à quel point j'en ai été charmé. Ce que vous dites sur la forme dont les jurés prononcent en Angleterre ou en Ecosse m'a surtout fait un grand plaisir; et l'endroit de mon livre où j'ai traité de cette matière est peut-être celui qui m'a fait le plus de peine et où j'ai le plus souvent changé ce que j'avais fait, parce que je n'avais trouvé personne qui eût là-dessus des idées aussi nettes que vous avez. Mais c'est assez parler de mon livre, que j'ai l'honneur de vous présenter.
J'aime mieux vous parler d'une belle dissertation, où vous donnez une beaucoup plus grande influence aux causes morales qu'aux causes physiques; et il m'a paru — autant que je suis capable d'en juger — que ce sujet est traité à fond, quelque difficile qu'il
soit à traiter, et écrit de main de maître et rempli d'idées et de réflexions très neuves.
Nous commençâmes aussi à lire, M. Stuart et moi, un autre ouvrage de vous, où vous maltraitez un peu l'ordre ecclésiastique. Vous croyez bien que M. Stuart et moi n'avons pas pu entièrement vous approuver; nous nous sommes contentés de vous admirer. Nous ne crûmes pas que ces MM. furent tels, mais nous trouvâmes fort bonnes les raisons que vous donnez pour qu'ils dussent être tels.
M. Stuart m'a fait un grand plaisir, en me faisant espérer que je trouverai à Paris une partie de ces beaux ouvrages.
J'ai l'honneur, Monsieur, de vous en remercier, et d'être, avec les sentiments de la plus parfaite estime, votre très humble et très obéissant serviteur.
Montesquieu.