‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 152 sur 489 · I . M"' de Mirepoix · texte numérisé non relu

I . M"' de Mirepoix

Iy2 CORRESPONDANCE

ordinaires et qu'il excelle surtout dans Tart d'abattre les cataractes. Il s'est déjà extrêmement signalé en Angleterre et en Hollande et, tout récemment, il vient de faire l'opération avec beaucoup de succès au duc de Brancas et à plusieurs autres personnes. Je crois donc, mon cher Président, que vous ne devez pas hésiter à vous rendre promptement ici. C'est l'avis de tous vos amis et cela presse d'autant plus que cet homme ne doit pas s'arrêter longtemps ici, son dessein étant de parcourir tout de suite toutes les capitales de l'Europe et de ne se fixer nulle part.

L'envie que j'ai de vous engager à venir ici est très désintéressée, puisque je compte partir au commencement du mois prochain pour aller passer les deux saisons à Plombières. Je ne profiterais donc pas de votre séjour à Paris et ma prière, en vous exhortant de recourir à cet homme, n'est fondée que sur la persuasion où je suis qu'il vous guérirait.

Il y a quelques jours que je me trouvai, par hasard, dans une compagnie d'illustres. On y parla beaucoup de VEspn't des lois et chacun à l'envi loua cet ouvrage. Un des assistants néanmoins s'avisa de dire qu'il croyait que la forme pourrait en être meilleure. Alors M. de Fontenelle prit vivement la parole et soutint que ce livre était tout à la fois très bon et très bien fait; et ensuite il demanda s'il y avait quelque bel esprit au monde qui ne fût pas très flatté qu'on lui attribuât cet ouvrage, supposé que l'auteur n'en fût pas connu. Je lui dis que personne n'était plus en état de résoudre cette question que lui-même : «Moi! répliqua-t-il, en étendant les bras, je l'adopterais avec la plus grande

joie et m'en ferais très grand honneur. C'est le seul livre de ce genre qu'on puisse lire avec autant de plaisir que de fruit. » Nota, que la scène se passait chez un fermier général' et que le sieur d'Aube était présent.

M. et M™= de Mirepoix partent] ces jours-ci pour l'Angleterre.

Je vous embrasse, mon cher Président, avec tendresse, respect et tous les sentiments que vous devez inspirer à ceux qui ont l'honneur de vous connaître".

Le chevalier d'Aydie.

Original. Arch. de La Brède.

Paris, le 25 mai 1749.

Je vous dois. Monsieur, bien des remerciements, et il y a longtemps que je veux vous les faire moimême, de la bonté que vous avez eue de me procurer votre ouvrage sur VEsprit des lois. Vous devez en avoir reçu un exemplaire de la seconde édition, que je m'étais chargé de vous envoyer sous le contreseing de M. de Courteille et actuellement j'en fais adresser un second exemplaire que le libraire m'a remis pour votre fils.

Quoique mon approbation soit bien peu de chose, je ne puis cependant, Monsieur, me refuser au plaisir d'avoir l'honneur de vous dire que j'ai admiré

a) Montesquieu a noté sur la lettre : Répondu.

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