MONTESQUIEU AU CHEVALIER D'AYDIE
Lettres originales de Montesquieu au clievalier (VAydie, lettre I. — Laboulaye, VII, 3io.
Bordeaux, ce ii juin 1749'.
^Vous êtes adorable, mon cher chevalier; votre amitié est précieuse comme l'or; je vais m'arranger pour profiter de votre avis et être à Paris avant le départ de cet homme qui distribue la lumière. Mais, mon Dieu, vous serez à Plombières et je serai bien malheureux de jouer aux barres! Vous
1. Cette lettre est, dans l'édition Pougens, datée du 11 janvier 1749. C'est une erreur de lecture, car elle est visiblement une réponse à la lettre du chevalier d'Aydie du 22 mai.
2. Dans l'édition Pougens, la lettre commence par cet alinéa : « Ditesmoi, mon cher chevaiier, si vous voulez aller mardi à Lisle-Belle et si vous voulez que nous y allions ensemble? Si cela est, je serai enchanté du séjour et du chemin. » Ces quelques lignes constituent évidemment un billet isolé, que l'éditeur a soudé à la lettre du 1 1 juin : Montesquieu e=t à Bordeaux, d'AyJie à Paris et ils ne peuvent songer à se donner un rendez-vous pour t mardi prochain >.
DE MOMTESQUIEU 203
ne me mandez point la raison qui vous détermine; je m'imagine que c'est votre asthme et j'espère que cela n'est que précaution et que vous n'en êtes pas plus fatigué qu'à l'ordinaire. Je ne compte pas trouver non plus M"'^ de Mirepoix à Paris; on me dit qu'elle est sur son départ.
Mon cher chevalier, je vous prie d'avoir de l'amitié pour moi; je vous la demande comme si je ne pouvais pas me vanter que vous me l'ayez accordée et, quant à la mienne, il me semble que je vous la donne à chaque instant. Je quitte ce pays-ci sans dégoût, mais aussi sans reg-ret.
Je vous prie de vous souvenir de moi, et d'agréer les sentiments du monde les plus respectueux et les plus tendres.