PIERRE BALGUERIE ' A MONTESQUIEU
Amsterdam, ce 9 octobre 1749.
Monsieur,
Il y a bien longtemps que je n'ai pas eu l'honneur de vous écrire, faute d'occasion qui pût vous être agréable, mon fils aîné ayant eu le malheur de ne pas réussir pendant deux années consécutives dans la vente des deux parties de vin qui lui avaient été consignées de votre part, plus par les fâcheuses circonstances des temps que faute d'attention pour vos intérêts, et étant mort l'année passée à Paris, allant à Bordeaux et haut pays voir ses parents et la patrie de son père. Cette mort m'affligea si fort que je n'eus pas le courage de vous offrir les services de mon second fils, Pierre Balguerie junior, qui a été toujours élevé dans les affaires et que tous les anciens amis continuent de lui confier depuis la mort de son frère; et j'ai cru que vous ne trouveriez pas mauvais que je vous offrisse ses très humbles services. Il a des moyens et mes conseils ne lui manquent pas quand il en a besoin, espérant que les circonstances lui seront plus favorables pour vos
I. Pierre Bal^erie, riche négociant d'Amsterdam, d'une grande famille de Guyenne. Cf. P. Meller, Essais généalogiques : famille Balguerie, p. 2 et suiv.
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intérêts qu'à feu son frère. Son désir est si grand de vous servir que, s'il avait le malheur de ne pas réussir, il vous servirait sans commission ni autre avantage que celui de vous servir; de quoi je puis bien vous être garant sans rien risquer.
L'on vient de réimprimer ici un livre intitulé V Esprit des lois. Ce livre est si fort goûté du public que les exemplaires des deux impressions précédentes en étaient tous débités. Cette dernière édition est beaucoup plus ample et correcte que celle de Genève et autre qui ont paru. Le public savant et gens de lettres vous l'attribuent comme en étant l'auteur. Le journal intitulé La bibliothèque des ouvrages des savants pour le mois de juillet, août et septembre, qui est sorti hier de sous la presse, en a commencé un extrait, n'ayant pu l'insérer tout dans celui-ci, se réservant de le finir dans son extrait des trois mois qui suivront. Je prends la liberté de vous envoyer ci-jointe la copie du commencement de son dit extrait; il ne fait que confirmer l'approbation des habiles politiques et jurisconsultes.
Pour moi, quoique je ne sois" point du métier ni des grands connaisseurs, je ne puis assez le lire avec admiration depuis huit jours qu'il est sorti de sous la presse. Fasse le ciel que vous puissiez vivre [de] longues années pour pouvoir continuer à rendre de si grands services à tous les États de l'Europe, car chacun y trouve ce qu'il doit savoir, dans quel gouvernement qu'il soit né.
Je vous prie de me continuer l'honneur de votre bienveillance, puisque j'ai celui d'être avec une
a) Texte : suis .
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parfaite considération, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Pierre Balguerie.
Je prends la liberté de vous envoyer une petite provision de fruits de ce pays, savoir: un petit baril de beurre de Leyde, un baril de biscuits fins de deux sortes, un gros fromage croûte-rouge; le tout marque P. B., que M. Pierre Balguerie, cousin de Bordeaux, aura soin de vous remettre. Agréez-les s'il vous plaît, Monsieur, comme venant d'un ancien ami et serviteur.
Monsieur le président de Montesquieu.