LE DUC DE NIVERNAIS A MONTESQUIEU
Original. Arch. de La Brède.
A Rome, le 24 mars lySo.
J'ai reçu, Monsieur, les douze exemplaires de la Défense de l'Esprit des lois que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer et je puis vous assurer que j'en ferai le meilleur usage possible. J'ai présenté, il y a une quinzaine de jours, au Pape tous vos ouvrages (dans lesquels je ne comprends point les Lettres Persanes)] il a été extrêmement sensible à cette attention de votre part et m'a dit en propres termes : « Si lasci servire vedera Vautore che sto regalo, non me l'avrà fatto indàr^io. » Je ne vous ennuierai pas du détail de tout ce que je lui dis à cette occasion. Je crois avoir dit à peu près ce qu'il fallait pour plaider votre cause sans avoir Pair de la plaider et ne la présentant que in un' aria andante, parce qu'ici et ailleurs, plus on souhaite le succès d'une affaire, moins on doit la montrer considérable.
Je m'estime bien heureux que l'injustice, la malignité et l'ignorance des hommes me donnent occasion de servir un auteur et un ouvrage qui ne méritent que des autels et des adorateurs au lieu de défenseurs; et je dis : à quelque chose malheur est bon. Pardonnez-moi cette réflexion; vous connaissez trop bien les hommes pour être étonné que je mette de la vanité à vous servir et j'aime mieux vous le dire tout franchement que de vous le laisser deviner.
J'ai l'honneur d'être avec le plus fidèle attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Le duc de Nivernais.