SOLAR A MONTESQUIEU
Original. Arch. de La Brède.
Rome, le 22 avril i-jbo.
Je vous félicite, mon très cher Président, sur la vingt-deuxième édition de votre livre. Elle fait votre apologie et l'éloge de la droiture de vos intentions, qu'on y reconnaît dans le public intelligent qui veut en faire son profit. Je m'applaudis d'être de ce nombre et de l'avoir prévenu par mon suffrage auquel la prévention n'a eu aucune part, puisque vous ne m'aviez pas mis dans la confidence. Je ne puis vous être utile ici que par mon zèle pour tout ce qui vous intéresse et par le désir que j'ai qu'on ne trouble pas votre tranquillité, dont vous faites si bon usage.
M. le cardinal Passionéi a lu dans votre lettre les sentiments que vous me marquez pour lui, dont il est fort touché. Vous êtes faits Tun et l'autre pour vous connaître et vous aimer. Il a une vaste érudition qui ne vous est pas inconnue. Je dois vous dire
de sa part qu'il agréera intiniment le témoignage de reconnaissance que vous vous proposez de lui donner, ce qui engagera une liaison dont vous serez content; vous me remercierez d'y avoir contribué. Il m'a confié que Ms' Bottari lui a communiqué son rapport sur votre livre, dans lequel il n'a pas pu s'écarter des principes de cette Cour par rapport à l'Inquisition, qu'on appelle ici le Saint-Office; mais qu'à cela près, tout le reste doit vous satisfaire. Il a pris l'engagement de vouloir faire traduire cette relation en français et il m'a promis de vous la faire tenir par la voie de M. l'ambassadeur de France, qui agit pour vous avec toute la vivacité [possible]. J'ai pressé le dit cardinal de me la remettre en italien, pour vous donner la satisfaction de vous l'envoyer aujourd'hui; je n'ai pas pu réussir à le détourner du parti qu'il a pris.
Je suis fâché que je ne serai plus en situation de m'employer pour vous dans ce pays ici, étant à la veille de mon départ pour Turin, où je vais chercher du soulagement et joindre le marquis de Breille, votre ami, auquel je manderai ce que vous me dites pour lui. Nous nous trouverons à Govone avant que j'arrive à Turin. Il est très fâcheux de ne pas pouvoir espérer de vous y tenir.
Il n'est pas encore à propos que vous écriviez à Ms"^ Bottari. Cela sera praticable après que tout ce qui regarde votre ouvrage sera calmé. M. le duc de Nivernais pourra vous diriger là-dessus.
Ce que vous me dites de M. le marquis de Saint- Germain confirme la bonne opinion que j'ai de lui. Si vous écrivez à l'abbé Guasco, faites-lui mes amitiés; je n'ai pas encore répondu à une de ses
lettres, parce qu'il m'a fait savoir qu'il serait errant. Vous savez combien je vous suis attaché et tout ce que je désire pouvoir faire pour vous marquer combien je vous aime.
SOLAR