MONTESQUIEU A L'ABBÉ VENUTI
Lettres familières (XXXVI)^ p. iSp. — Laboulaye, VII, 356.
De Paris, ce 3o octobre l'jbo.
Mon cher abbé, je ne vous ai point encore remercié de la place distinguée que vous m'avez donnée dans votre Triomplie^ ; vous êtes Pétrarque, et moi pas grand'chose. M. Tercier^ m'a écrit pour me prier de vous remercier de sa part de l'exemplaire que je lui ai envoyé, et de vous dire que M. de Puysieulx avait reçu le sien avec toute sorte de satisfaction. Comme il n'en est venu ici que très peu d'exemplaires, je ne pourrai pas encore vous marquer le succès de l'ouvrage; mais j'en ai ouï dire du bien, et il me paraît que c'est de la belle poésie.
Et te fecere poetam Piérides .
Je ne puis m'accoutumer, mon cher abbé, à penser que vous n'êtes plus à Bordeaux: vous y avez laissé bien des amis qui vous regrettent beaucoup; je vous assure que je suis bien de ce nombre. Écrivez-moi quelquefois. J'exécuterai vos ordres à Tégard d'Huart, et du recueil de vos dissertations: vous vous mettez très fort à la raison et il doit sentir votre générosité. Je verrai M. de La Curne: je ferai parler à l'abbé Le
1. Il Trionfo letterario délia Francia... dedicato a S. E. il sign. marchese di Puysieulx... Avignon, ijSo, in-40, p. 26.
2. Jean-Pierre Tercier (170^-1767), premier commis au ministère des affaires étrangères, et censeur royal, place qu'il perdit pour a%'oir laissé imprimer le livre De l'Esprit. Il appartenait à l'Académie des Inscriptions depuis 1747.