Le p. Berthier
2. Sur tous ces projeta d'impression du P. Castel, cf. Sommervogel, II, p. i<40 et suiv.
Calcul de l'astronomie, le quatrième, V Usage chronologique et géographique de l'astronomie. Or, mon premier traité de la sphère ne sera pas si peu de chose que vous pourriez croire et il contiendra tous les grands fondements de la science et de l'art de l'astronomie; je ne sais pas travailler en petit. Dans votre Grandeur des Romains, vous avez remanié toute l'histoire romaine; dans votre Esprit des lois, vous avez remanié toutes les lois, toute l'histoire, toute la politique de l'univers. Dès mon Traité de la sphère, je présente tout le ciel en grand, toute l'astronomie. Vous avez trouvé trois clefs, trois gouvernements: monarchique, républicain, despotique, — honneur, vertu, crainte. J'ai trouvé trois clefs, trois mouvements et, j'ose dire, que je présente le ciel, les mouvements des astres tout débrouillés, à la portée d'un enfant. Newton passe pour avoir débrouillé la lune, mais ses disciples les plus forts, Whiston, Keill, Gregory, avouent qu'ils ne peuvent le débrouiller lui-même. Newton n'a donné que des résultats de calculs: courez après! On l'admire; je veux que le public m'aime, comme j'avoue qu'il l'a toujours fait avec mes débrouillements et développements qui n'ont jamais été que l'ébauche de ceux-ci. Voici ma clef, car je vous prie d'être mon juge, rigoureux même. J'établis d'abord mes points fixes, l'horizon sur la terre, les étoiles fixes dans le ciel. L'horizon vulgaire a quatre points cardinaux : est, ouest, nord et sud. Le mien en a six, et zénith, nadir, en sus des quatre susdits. Je raisonne: le monde est un corps, un solide, une étendue, — si Newton même le veut, une capacité, un vide. Il a trois dimensions et six points extrêmes; voilà six
points cardinaux essentiels: en longueur ou longitude, deux: est, ouest; — en latitude, deux: nord et sud; — en altitude, deux, zénith^ nadir. La nature agit en tout sens; le soleil, la lune, tous les astres ont trois mouvements : en longitude, le soleil va est-ouest; en latitude, nord-sud, d'un tropique à l'autre; en hauteur, du périgée à l'apogée, et cela en tout temps, et par un seul mouvement d'écliptique, de zodiaque, qui concilie tout, et n'est biaisant que parce qu'il est diagonal et composé comme px|. Trois cercles donc constituent la sphère: l'équateur en longitude, l'horizon en latitude, le méridien en altitude.
Or, vous ne croiriez pas comment, avec ces trois dimensions, ces six points cardinaux, ces trois cercles primitifs, trois mouvements simples, je déchiffre tout le système du ciel, je sauve toutes les anomalies, je rends raison de tout le grimoire des systèmes, du calcul, etc. Par exemple, les excentricités, les nœuds, les apsides, les épicycles, les spirales anciennes, tout cela n'est qu'un jeu; par exemple, la précession des équinoxes est un m3'stère depuis Ptolémée jusqu'à Newton ou Sreet, anglais qui passent pour l'avoir débrouillé, mais pas si débrouillé que toute l'astronomie ne soit encore en suspens entre le mouvement des étoiles fixes et de tout le ciel, qu'il faut mouvoir en avant, pour expliquer cette précession et le mouvement de toute la sphère terrestre, de son équateur, de son axe même et de ses pôles qu'il faut mouvoir dans un petit cercle autour des pôles de l'écliptique, seuls reconnus invariables, quoiqu'ils ne soient que subalternes à ceux du monde, qu'on bouleverse également dans
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ces deux systèmes. Je ne bouleverse rien, je laisse tout en repos, les étoiles, la terre, l'équateur, les pôles de l'équateur, ceux de l'écliptique, le monde entier: que le soleil tourne ou la terre, peu importe; seulement, je diminue un peu le mouvement de l'une ou de l'autre, tant je suis amoureux du repos. Et voilà la clef. Le soleil ou la terre a trois mouvements, c'est un fait; ces trois mouvements sont un peu inégaux, c'est un fait: et voilà tout. C'est un fait que, quand le soleil parti du tropique d'hiver y est revenu, l'année est juste de 365 jours 5 heures, etc. Tout astronome en convient. Or tout astronome convient que, dans le courant de ces 365 jours 5 heures, etc., le soleil parti de l'équinoxe du printemps et y revenant, il s'en manque 5o secondes de temps avant qu'il y arrive juste et qu'ainsi l'équinoxe précède et s'est mue en arrière, comme ils disent, c'est-à-dire vers l'occident; car, d'orient en occident, c'est, astronomiquement parlant, aller en arrière, et l'avant du monde est vers l'orient.
Tout vient donc de ce que le mouvement en longitude est un peu plus lent respectivement que le mouvement en latitude, et de ce que quand l'année de 365 jours 5 heures, etc., est finie pour le mouvement en latitude, elle ne l'est pas pour le mouvement en longitude et que la révolution locale du soleil ou de la terre sur l'équateur n'est pas terminée juste. Croiriez[-vous] que, par cette petite inégalité, la Nature, Dieu, a rendu l'astronomie infiniment difficile et travailleuse à Texcès depuis six mille ans et à jamais? car de là viennent la moitié au moins de tous les calculs, systèmes et difficultés, travaux et tracas des astronomes, infiniment estimables
d'avoir pourtant, à force de patience et de travail, tout surmonté; je leur dédie mon livre, et je les vante partout de cœur et d'esprit. — L'autre moitié des difficultés vient du troisième mouvement en hauteur, lequel est aussi respectivement plus lent encore que celui de longitude. Ils l'ont connu, ce mouvement, et l'ont le plus souvent méconnu: aussi Dieu sait combien les difficultés ont augmenté, et des trois quarts, par là.
Je vais donc mettre à leur aise l'astronomie et les astronomes: oui et non! Vous connaissez les hommes; avez-vous observé, vous qui êtes observateur de Thumanité, que, par paresse, ils aiment mieux un travail forcé mais d'habitude qu'un moindre travail, mais nouveau? Il me suffira que vous et le public, vous m'aimiez. Je développe tout, j'explique nettement tout; vous m'aimerez, vous m'aiderez; j'ai tiré tout au clair; le public m'aidera en achetant mon livre, j'en suis sûr. La demande est déjà assez forte, mais il faut l'imprimer. Je n'ai besoin de votre aide amie que pour le premier volume que je vais donner. Le provenu de celui-là imprimera le second, etc.. Ce volume se vendra 5o sols; je le mets à 40; 3oo exemplaires font 600 livres; c'est tout ce qu'il faut pour l'édition. Sinon, je serais obligé de me mettre à la merci des libraires. A peine me donneraient-ils (5oo livres, une fois payées et mal payées. A peine serais-je en état d'imprimer le second et, toujours languissant entre leurs mains, à peine aurais-je le courage et le temps de donner la suite ; car vous sentez qu'il m'y faut du repos d'esprit et un peu d'encouragement de cœur.
Jusqu'ici j'avais donné mes ouvrages gratis aux
libraires; j'ai un dessein utile, glorieux à la France, aux arts, aux sciences; je veux, entre nous, forcer les Jésuites à servir les arts, les sciences fortes et le public. Il 3^ faut une fondation de places scientifiques, physico-mathématiques. Il y faut de l'argent; j'y consacre tout le revenu de mes ouvrages, parmi lesquels il y a de la marine, de la boussole, et presque des longitudes. Vederremo ; je voulais tout donner gratis au Roi, à la Cour: ils n'en auront que par le bon bout ; je leur ferai tout acheter.
Je vieillis, car toute ma vie j'ai craché sur l'argent; or je commence à parler argent! Je m'en soucie bien peu pour moi: j'ai vécu durement toute ma vie; je ne veux ni me loger mieux, ni me nourrir mieux, ni m'habiller mieux. Je travaille pour Dieu, pour la patrie, pour le Roi, pour les Jésuites presque malgré
eux, malgré tous les Be de Funivers.Je n'attends
pourtant de vrai encouragement que de vous: aussi suis-je, vous savez avec quel feu égal aux emportements de B., supérieur même, en respect, estime, confiance et tendresse, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,