‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 289 sur 489 · MONTESQUIEU A M™* DU DEFFAND · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A M™* DU DEFFAND

Correspondance inédite de M"" Du Deffand {i8og), 1, 20. — Laboulaye, VII, 3/6.

De La Brède, i 3 juin [lyôi].

Je vous avais promis, Madame, de vous écrire; mais que vous manderai-je dont vous puissiez vous soucier? Je vous offre tous les regrets que j'ai de ne plus vous voir. A présent que je n'ai que des objets tristes, je m'occupe à lire des romans; quand je serai plus heureux, je lirai de vieilles chroniques pour tempérer les biens et les maux. Mais je sens qu'il n'y a pas de lectures qui puissent remplacer un quart d'heure de ces soupers qui faisaient mes délices.

je vous prie de parler de moi à M"« Du Châtel.

DE MONTESQUIEU SÔg

J'apprends que les requêtes du palais n"ont pas été favorables à M""' de Stainville'; dites-lui combien je suis sensible à tout ce qui la touche, et cette personne charmante qui n'aura jamais de rivale aux yeux de personne que M"""- sa mère. Parlez aussi de moi à ce Président' qui me touche comme les Grâces et m'instruit comme Machiavel, qui ne se soucie point de moi parce qu'il se soucie de tout le monde et dont j'espère toujours d'acquérir l'estime, sans jamais pouvoir espérer les sentiments. Je n'aurais jamais fini si je voulais suivre cette phrase; mais c'est assez le désobliger pour le mal que je lui veux.

Je n'entends ici parler que de vignes, de misère et de procès, et je suis heureusement assez sot pour m'accuser de tout cela, c'est-à-dire pour m'y intéresser. Mais je ne songe pas que je vous ennuie à la mort et que la chose du monde qui vous fait le plus de mal, c'est l'ennui; et je ne dois pas vous tuer, comme font les Italiens, par une lettre.

Je vous supplie. Madame, d'agréer mon respect.

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