Le brevet de duc de Mirepoix est du i3 septembre
DE MONTESQUIEU SyQ
tageuse que vous en avez conçue et j'ose vous assurer qu'ils la méritent. Vous me laissez entrevoir une sorte de velléité à venir leur rendre une petite visite. J'ose vous assurer que vous y serez reçu comme vous devez l'être et que vous n'auriez pas regret à avoir fait ce petit détour. Bien entendu que j'aurais la préférence pour loger sous mon toit le huitième sage de la Grèce et le premier de l'Europe.
J'espère pour cette Europe que vous leur aurez donné le bon ton et qu'elle en saura profiter. Avezvous lu toutes les remontrances du Parlement de Paris? Et n'y avez-vous point remarqué comme nous que c'est dans Y Esprit des lois qu'on a puisé toutes ces belles maximes sur l'autorité'? La question est de savoir si l'on en a fait une application convenable aux circonstances.
Je vous fais mon compliment sur la naissance du duc de Bourgogne. Ceux qui ont intérêt à la conservation de la paix, et qui sont à portée de se représenter toute la contrariété de la loi du pays et des traités, en doivent bénir le Ciel. Je souhaite que ce prince ait encore une couple de frères, et ce pour l'affermissement éternel de la succession; car si je ne pensais qu'à votre avantage et au mien, je croirais que, les trois actuellement vivants étant nos cadets, toutes les apparences sont que leurs jours seront plus longs que les nôtres.
Soit que vous habitiez Paris ou la province, je vous supplie, mon cher Président, d'être persuadé
I. Voyez en particulier les remontrances du 3o août lySi {Remontrâmes du parlement de Paris an XVIII' siècle .., t. I, p. 457).
38o CORRESPONDANCE
que vous avez en moi l'admirateur le plus sincère et
le serviteur le plus dévoué.
Helvétius.
A Monsieur, Monsieur de Montesquieu, président à mortier honoraire, et de toutes les académies, etc., etc., — à Bordeaux.
Autographe. Arch. de La Brède.
De Richelieu, ce 5 octobre i-jbi.
Je n'ai pas répondu plus tôt, mon cher Monsieur, à un billet que j'ai reçu de vous à Paris, quatre ou cinq jours après votre départ, puisqu'il ne s'agissait que d'un dîner; et, comme cela ne pouvait être qu'à Bordeaux, j'ai voulu attendre que je fusse le maître d'y aller pour accepter la partie. Mes affaires sont heureusement terminées après tant de délais et, sitôt que je me suis senti en liberté, je me suis mis en chemin pour vous aller demander le soir que nous dînerons ensemble. Je me suis arrêté un moment à Véretz. J'ai suivi M""* d'Aiguillon, qui en partait, pour venir dans cet endroit magnifique, où l'on voit combien le temps respecte tous les ouvrages du cardinal de Richelieu. Son successeur' y gagne par la retraite, parce qu'il y est plus connu, mais il n'est pas fait pour y rester longtemps : il part dans la semaine prochaine; M™^ d'Aiguillon le devancera. Mon projet n'était d'y rester que deux ou trois jours, mais je me trouve retenu ici v)ar leurs invitations et par leur société. Je ne quitterai Richelieu que peu de jours avant leur départ;