LE MARQUIS DE PAULMY ' A MONTESQUIEU
A Fontainebleau, ce 14 novembre 1751.
Je suis, Monsieur, aussi flatté et aussi honoré que je dois l'être de vos éloges et plus sensible que je ne puis vous dire à l'assurance de votre souvenir et de votre amitié. J'en ferai toujours un cas infini, et l'estime la plus distinguée et l'attachement le plus inviolable sont les sentiments avec lesquels je serai toute ma vie. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
R. DE Paulmy.
Monsieur le président de Montesquieu^ de l'Académie française, — à Bordeaux.
I. Antoine-René de Voyer d'Argenson, dit le marquis de Paulm> (1722-1787).
577.— LA CHANOINESSE DE ZUCKMANTEL A MONTESQUIEU. Autographe. Arch. de La Brède.
A Bouxières', proche Nancy, 14 novembre lySi.
Les éloges, quelque magnifiques qu'ils puissent être, Monsieur, seront toujours fort au-dessous de celui que le livre de VEsprit des lois fait de lui-même et de son auteur. J'ai cependant gardé parmi mes papiers, par estime pour lui, une lettre que j'ai l'honneur de vous communiquer. Depuis que j'ai vu de prétendus critiques d'un ouvrage qui fait les délices de l'esprit et de la raison épurée, j'ai pensé vingt fois me donner la satisfaction de rendre public un jugement qui exprime sans doute celui de tous les gens qui pensent. Vous en ferez, Monsieur, ce qu'il vous plaira et vous jugerez bien que ma démarche près de vous a des motifs qui me sont communs avec quiconque a su lire aussi les Causes de la grandeur et de la décadence des Romains, le Temple de Gnide et, depuis peu, Lysimaqiie. La force de la raison et la délicatesse du sentiment dans ces différents chefs-d'œuvre de l'esprit humain pourraient-ils ne pas saisir d'admiration et ravir les cœurs pour leur auteur?
J'ajouterai, Monsieur, au témoignage de ces justes impressions l'aveu personnel du plaisir que je trouve et que je me procure souvent d'en parler de loin comme de près avec une personne autant digne de votre estime que Test M™^ la comtesse de Lutzelbourg. Je lui ai fait part dans le temps de la
I. Bouxières'uux- Dames (Meurthe-et-Moselle, canton de Nancy).
DE MONTESQUIEU 4o3
reconnaissance de ce pays-ci pour la gloire que vous avez bien voulu lui procurer en vous associant à la Société littéraire qui vient de s'y former. Je ne sais si elle vous en a écrit, après m'avoir mandé plusieurs fois qu'elle allait vous faire son compliment sur Lysimaque^ dont je lui envoyai une copie.
Enfin, Monsieur, pour en revenir à mon objet, il m'a paru que la lettre ci-jointe, qui m'a été écrite, il y a deux ans, par un honnête homme de mes amis, est un bien qui vous appartient et, à moi, une occasion que je ne pouvais plus me refuser de vous prouver combien j'ai l'honneur d'être. Monsieur, votre très humble et très obéissante servante.
De Zuckmantel, chanoinesse de Bouxières en Lorraine.
Autographe. Arch. de La Brède.
A Londres, le 20 novembre i-jbi, O. S. [i"" décembre ijbi].
Monsieur,
C'est avec beaucoup de reconnaissance que je pense toujours aux faveurs dont vous m'avez bien voulu honorer pendant mon séjour à Bordeaux et rien ne pouvait me flatter davantage que la lettre que vous avez eu la bonté de m'accorder, à M. de Lironcourt, alors à Livourne, me recommandant à lui pour l'accompagner dans le voyage de Grand
I. Probablement James Caldwell, que Marie-Thérèse créa comte de Milan,
Caire. Je partis de Marseille pour l'y joindre, avec intention de profiter de votre bonne recommandation et, après plusieurs embarras dans une mauvaise felouque, parmi nos vaisseaux et ceux des ennemis, j'ai été obligé par la mauvaise foi de notre patron de me laisser conduire à Gênes. Quoique contraire à ce que je m'attendais, j'ai été très bien traité pendant dix jours que j'y étais, car les Génois ont toujours pensé que les Anglais, par leur manière d'asfir dans la Méditerranée, étaient de leurs amis.
A mon arrivée à Livourne, j'ai trouvé que M. de Lironcourt était parti pour Rome et qu'il serait six mois avant qu'il pût se mettre en mer pour Caire. Cela fut la cause que je changeai mon projet et que je partis d'abord pour Vienne, pour demander à l'Impératrice' la permission de servir comme volontaire dans ses troupes en Italie. J'ai été annoncé à Sa Majesté comme un homme assez extraordinaire; on lui dit que je partis de Marseille pour aller à Livourne et de là en Egypte, pour y chercher des manuscrits orientaux, et qu'étant à la hauteur de Gênes et entendant dire qu'il y avait une révolte, je relâchai par curiosité de la voir et qu'à mon arrivée à Livourne, ne trouvant pas une occasion pour Caire, j'étais venu à Vienne pour avoir une permission de servir comme volontaire dans ses troupes. Elle m'accorda une audience très favorable, à la sortie de laquelle Sa Majesté m'a dit que j'étais plus extraordinaire qu'un Anglais même.
J'ai eu le bonheur de [me] procurer des lettres de recommandation au roi de Sardaigne% au général