‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 325 sur 489 · MONTESQUIEU AU CHEVALIER D'AYDIE · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU AU CHEVALIER D'AYDIE

Lettres originales de Montesquieu an chevalier (TAydie (lettre VI), p. 1 1 .— Laboulaye, VII, 387.

Bordeaux, ce 2 janvier 1752.

Mon cher chevalier,

Si vous venez cet été à La Brède, vous prendrez le seul moyen que vous avez d'augmenter la passion que j'ai pour vous. Et quant à ce que vous me dites, de passer par MayaC lorsque j'irai à Paris, je le ferai, et je garde votre lettre pour savoir le chemin; mais vous n'avez pas dit aux dames vos nièces à quel point celui que vous leur proposez est délabré et peu propre à remplir les grandes vues que vous avez. Je me souviens d'une pièce de vers où il y avait:

J'ai soixante ans; c'est trop peu pour vos charmes.

Silva disait fort bien: « Il ny a rien de si difficile que de faire l'amour avec de l'esprit. » Et moi je dis qu'il est encore plus difficile de faire l'amour avec le cœur et avec l'esprit. Mais ceci est trop relevé pour un pauvre chasseur devant Dieu. Ainsi je ne vous parlerai que de notre misère, qui est extrême et telle qu'il me semble qu'il vaut mieux s'ennuyer que de se divertir devant des misérables. Je ne sais, ma foi, à quoi tout cela aboutira; mais je sais que tous les lendemains sont pires et que cela vise à la dépopulation. Nous serons dépopulés, mon cher

I. Mayac (Dordogne, canton de Savignac-les-Églises). Le château de Mayac appartenait à la famille d'Aydie. Cf. Leftres de M"' Aissé. Éd. E. Asse, p. 41 3 et suiv.: Les d'Aydie an château de Mayac.

chevalier, et peut-être passerons-nous devant les autres.

Vous chassez, et je plante des arbres, et je défriche des landes; il faut s'amuser comme on peut. La ville de Bordeaux est fort triste et je ne tâte guère de ce séjour. On dit que le charmant milord' est malade à Toulouse.

Agréez, je vous prie, mes sentiments les plus tendres.

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