‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 336 sur 489 · MONTESQUIEU A BARBOT · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A BARBOT

Bulletin polymathique du Muséum... de Bordeaux, 3« année, 1804, p. 18. — Laboulaye, VII, 889; d'après le texte, moins complet, donné par Bernadau, Tableau de Bordeaux (1810, in-12), p. igS.

A La Brède, le 8 mars [1752J.

Mon cher Président,

J'ai eu, il y a peu de jours, un entretien avec M. Roux', médecin très estimable, qui m'a donné en communication un mémoire sur les dangers de la petite vérole. Cet homme mérite secours et protection; je lui ai conseillé de quitter la province, où rarement l'on apprécie le vrai mérite, et je lui ai promis des lettres de recommandation pour quelques amis de Paris. Rapprochez-vous de cet homme; il est de la bonne espèce, il mérite d'être connu.

J'ai lu votre Dissertation sur V esprit ; personne

1. Augustin Roux de Saint-Amand (1726-1776), reçu docteur en 1750, devint, en 1771, professeur à la Faculté de médecine de Paris et succéda à Vandermonde à la direction du Journal de viédecine.

mieux que vous ne peut traiter cette matière. C'est un meurtre que d'enfouir les jolies choses que vous faites; il y a longtemps que je vous le dis, cela ne vous corrige pas: vous êtes toujours le môme et je ne compte plus de vous guérir de votre modestie; c'est une maladie incurable, qui privera malheureusement le public de vos bonnes productions.

On dit qu'il circule à Bordeaux un petit ouvrage dirigé contre l'intendant de la province, tâchez de vous le procurer et faites-le-moi passer; ces sortes d'écrits font connaître le siècle où l'on vit : il faut les lire et les brûler.

Les braconniers chassent sur nos terres'; ces vagabonds sont sans respect pour les propriétés et, malgré les précautions que l'on prend, ils dévastent et font cent fois plus de mal à nos moissons que les renards et les blaireaux; on sera bientôt obligé de tendre des pièges pour diminuer l'espècede ces animaux bipèdes, qui mettent tout à feu et à sang.

Écrivez-moi le plus tôt possible, afin d'égayer ma solitude; je suis en attendant avec l'amitié la plus sincère, etc.

Montesquieu.

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