‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 380 sur 489 · DAVID HUME A MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

DAVID HUME A MONTESQUIEU

Autographe. Arch. de La Brède.

Edinburgh, zôjune lySS.

Sir,

About a twelve months ago, my friend Mr. Smith, of Boulogne, who has the honour of being known to 3^ou, having occasion to go to Paris, had the

Monsieur, Il y a un an environ, mon ami, M. Smith, de Boulogne, qui a l'honneur d'être connu de vous, ayant l'occasion d'aller à Paris, eut la bonté de se charger

goodness to charge himself with a copy of my Political Discoiirses , then newly published, with an intention of delivering it to you. By some accident, it has miscarried, for which I am sorry, as it has deprived me of an opportunity, however trivial, of marking my sincère respect for you.

Since that time, the work has undergone a second édition and I hâve desired our friend Mr. Stuart to transmit to you a copy of it and I hope it will be more fortunate than the former.

Mr. Wallace has honoured me with a very polite, as well as learned and judicious answer, which, he tells me, yotv hâve seen. I should be much afraid that I am entirely refuted, had I not, ail along, in my essay, kept on the sceptical and doubtful side, which, in most subjects, gives a man so much

d'un exemplaire de mes Discours politiques, qui venaient de paraître alors, avec l'intention de vous les remettre. Par suite d'un accident quelconque, il ne le fit point; ce que je regrette, parce que j'y ai perdu une occasion, bien qu'insignifiante, de vous témoigner mon respect sincère. Depuis ce temps, il a été fait une seconde édition de l'ouvrage et j'ai prié notre ami, M. Stuart, de vous en transmettre un exemplaire, qui, je l'espère, sera plus heureux que le premier.

M. Wallace m'a honoré d'une réponse très polie, et très savante et judicieuse en même temps, qu'il me dit avoir été vue par vous. Je craindrais beaucoup d'être réfuté complètement si dans mon essai je n'étais pas toujours resté au point de vue sceptique et douteur, qui, dans la plupart des sujets,

the advantage of the ground, that it is very difficult to force him. To hâve been dogmatical, indeed, on this subject had in me been the most unpardonable temerit}'. For, besides many other reasons of diffidence, I knew that you had already expressed your sentiments to be contrary to that opinion, which I discovered some propensity to support.

I believe the chief merit of my performance was my forcing Mr. Wallace, by a kind of challenge, to publish the learned Dissertation which he had, for some time, kept by him. I acknowledge that he has detected me in several errors and mistakes and it is owing to his politeness that he has spared me in many more. I learn from him that you proposed to get his Dissertation translated into

assure une position si avantageuse qu'il est très difficile de vous en déloger. Etre dogmatique en cette matière eût été de ma part une témérité impardonnable. Car, outre les autres raisons que j'avais de me délier de moi-même, je savais que vous aviez exprimé déjà un sentiment contraire à l'opinion que j'étais assez disposé à défendre.

Je crois que le principal mérite de mon œuvre a été d'obliger M. Wallace, par une sorte de défi, à publier la savante Dissertation qu'il gardait depuis quelque temps à part lui. Je reconnais qu'il a dévoilé dans mon travail plusieurs erreurs ou méprises et je ne dois qu'à sa politesse qu'il n'en ait pas relevé beaucoup d'autres. J'ai su par lui que vous aviez l'intention de faire traduire sa Dissertation en français et que le traducteur estimait que, pour

french and that the translater thought it would be requisite, for the better understanding Mr. VVallace's work, to prefix a translation of mine. If he continues his intention of doing me that honour, I must désire him to make a very few altérations according to the enclosed paper. I coiild hâve made many more amendments, by correcting the errors remarked by my antagonist; but, as that would hâve injured his work, I shall abstain at présent, in hopes that a new édition will give me an opportunity.

I hâve the honour to be, with great regard, Sir, your most obe'dient and most humble servant,

David Hume.

que l'on comprît mieux le travail de M. Wallace, il convenait de le faire précéder d'une traduction du mien. S'il persiste dans l'idée de me faire cet honneur, je dois le prier de faire quelques rares changements à mon texte, conformément à la note ci-incluse. J'aurais pu faire beaucoup d'autres amendements, en corrigeant les erreurs signalées par mon contradicteur; mais comme cela aurait fait tort à son œuvre, je m'en abstiendrai pour le moment, tout en espérant qu'une nouvelle édition me fournira l'occasion de le faire.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, avec une haute considération, votre très obéissant et très humble serviteur.

David Hume.

470 COr;RESPONDANCE

PoLitical Discotivses.

To be inserted in page 229, after line ult., beginning a new paragraph :

«Justin tells us" that when Philip of Macedon was declared head of the greek Confederac}^, he called a congress of ail the states, except the Lacedemonians, who refused to concur, and he found the force of the whole, upon computation, to amount to 200,000 infantry and i5,ooo cavalr3^

This must be understood of ail the citizens capable of bearing arms. For, as the greek Republics maintained no mercenary forces and had no militia distinct from the whole body of the citizens.

Discours Politiques.

A insérer à la page 229, après la dernière ligne, et en commencement d'alinéa :

«Justin nous dit que, lorsque Philippe de Macédoine fut déclaré chef de la confédération grecque, il convoqua un congrès de tous les états, à l'exception des Lacédémoniens, qui refusèrent leur concours, et trouva que les forces de la totalité s'élevaient, en somme, à 200,000 fantassins et 1 5,000 cavaliers. Cela doit s'entendre de tous les citoyens capables de porter les armes. Car, comme les républiques grecques n'entretenaient pas de forces mercenaires et n'avaient pas de milice distincte de tout le corps des citoyens, on ne saurait concevoir une autre manière de calculer. Qu'une armée

a) Lib. IX, cap. 5. CNofe de D. Hume.)

it is not conceivable what other médium there could be of computation. That such an army could ever by Greece be brought into the field and be maintained there, is contrary to ail History. Upon this supposition, therefore, we may thus reason. The free Greeks, of ail âges and sexes, were 860,000. The slaves (computing them by the number of Athenian slaves, as above), who seldom married or had familles, were double the maie citizens of full âge, viz. 430,000. And the whole inhabitants of ancient Greece, excepting Laconia, were about ojie million two hundred and nineiy thousands : no mighty number, nor much exceeding what may be found at présent in Scotland, a country nearly of the same extent and very indifferently peopled. •■>

pareille ait jamais pu être mise et entretenue en campagne par la Grèce est contraire à toute l'histoire. C'est pourquoi, dans cette hypothèse, nous pouvons raisonner ainsi : les Grecs libres, de tout âge et de tout sexe, étaient au nombre de 860,000; les esclaves (en calculant d'après le nombre des esclaves athéniens, comme plus haut), qui rarement se mariaient et avaient de la famille, devaient être deux fois plus nombreux que les citoyens mâles ayant atteint l'âge mûr, soit43o,ooo. Et toute la population de l'ancienne Grèce, sans y comprendre la Laconie, devait s'élever à un million deux cent quatre-vingtdix mille personnes. Ce nombre n'est pas très considérable et n'excède guère celui qu'on peut relever à présent en Ecosse, pays qui est presque de la même étendue et très médiocrement peuplé. »

Omit the note, to page 2 2q, beginning with thèse words : « A late french writer, > etc.

Read the last seven lines in page 261, thus : « Taking the whole, therefore, in this proportion of ten to six, the sum of fighting men in ail the States of Belgium was about 35o,ooo; the whole inhabitants, a million and a half. And Belgium being about the fourth of Gaul, that country might contain six millions; which is not the third of its présent inhabitants. »

Supprimez la note de la page 229, commençant par ces mots : « Un récent écrivain français, » etc. Lisez ainsi les sept dernières lignes de la page 25i : « Prenant donc la totalité dans cette proportion de dix à six, le nombre des combattants, dans tous les états de la Belgique, devait être de 35o,ooo environ; et la population totale, d'un million et demi. Or, comme la Belgique formait à peu près le quart de la Gaule, ce pays pouvait compter six millions d'habitants; ce qui n'est pas le tiers de sa population actuelle. »

Revue d'histoire littéraiie, 1907, p. 124; d'après une copie du conseiller au Parlement H. de Revol, dans la collection

Le Paige.

A Paris, ce g juillet lySS.

Vous êtes, mon cher***, dans un lieu séparé du reste du monde. Aussi je vais vous rendre compte

I. Sur le manuscrit, cette lettre est intitulée: « Lettre écrite à l'un des MM. du Parlement exilés à Bourges. Cette lettre est de la main du président de Montesquieu, et cette copie est prise sur l'original même. > D'après

de ce que les gens sensés disent sur les affaires présentes. Comme j'entends parler ceux qui aiment le Parlement et ceux qui ne l'aiment pas, ceux qui aiment ou n'aiment pas le Clergé et les ministres, que n'étant de rien je n'ai eu à essuyer aucune contradiction, je suis peut-être presque aussi en état de juger de ces choses que ceux qui à tous égards ont de plus grandes lumières.

Le Parlement doit à la nation, non pas une certaine forme dans l'administration des sacrements, non pas un certain point d'honneur entre les corps divers qui le composent, non pas une forme unique de sortir du malheureux état où il est, non pas une voie particulière à tenir, moins susceptible d'inconvénient que les autres: ce n'est pas proprement cela que vous nous devez. Vous nous devez la conservation de notre Constitution. Vos craintes sur l'abus que l'on pourrait faire quelque jour des mesures que l'on pourrait prendre aujourd'hui ne sont point à propos, puisque vous devez avoir la même crainte, et une plus grande, sur un objet infiniment plus important, qui est la perte de notre Constitution. Cette Constitution vous a été transmise et vous devez la transmettre. C'est là ce qu2 vous devez considérer et, en comparaison, tous les autres objets sont frivoles.

Il n'est pas question de dire que l'honneur ne vous permet pas de faire de certaines choses. Cela n'a lieu que dans les cas particuliers; mais, lorsqu'il s'agit de la fortune publique, il n'est plus question

M. Louis Gazier, qui l'a publiée, le destinataire serait le président Durey de Meinières. — Rapprochez de cette lettre le Mémoire sur la Constitution, dans les Mélanges inédits de Montesquieu, p. 2 2 5.

de parler de votre honneur, puisqu'il n'y a pas de citoyen qui ne doive sacrifier son honneur même pour la fortune publique. Cet honneur même, vous ne le conserverez pas, vous le risquerez, vous le manquerez .

Il vient de tous côtés des discours, des écrits, des marques de chaleur, des obstacles, des éloignements à la paix qui affligent tous vos amis. On dirait que vous vous livrez vous-mêmes à ceux qui veulent vous perdre.

Tout le monde désapprouve que vous demandiez pour préliminaire une réponse à vos remontrances. Une déclaration qui suit les remontrances ne seraitelle pas une réponse? Vous demandez même en cela une chose que la Cour, dans le cas particulier, ne peut pas faire, parce qu'étant certain que le Parlement a agi contre ses ordres, elle se démentirait tout comme vous; or ce cas particulier n'est-il pas un de ceux où la prudence veut que l'on prenne un inezzo termine et n'est-ce pas un inezzo termine bien naturel qu'une déclaration?

Vous devez d'autant moins vous obstiner à peser sur vos remontrances que, quoiqu'elles soient pleines de belles choses, il y en a qui devant tout esprit impartial sont intolérables et qu'il est impossible de vous accorder. Il y a quarante ans que nous disputons sur la Constitution. On l'a déclarée loi de l'Église et de l'État et cette déclaration est une espèce de repos et de point de ralliement entre les citoyens. La question si la Constitution est une loi de TÉglise et de l'État est devenue étrangère aux affaires présentes parce que, soit que la Constitution soit une loi de l'Église et de lÉtat ou non, les ecclésiastiques n'étaient pas plus en droit de faire des innovations.

Nous ne pouvons comprendre par quelle fatalité le Parlement, juge naturel de ces choses, se trouve aujourd'hui partie et comment, au lieu d'être à la tête de la justice, il se trouve pour ainsi dire à la tête d'un parti. Son objet n'est-il pas qu'il n'y ait point de schisme? N'avait-il que le dépôt d'une seule loi? N'avait-il pas le dépôt de toutes? C'était un bonheur pour le Parlement que la Constitution fût déclarée loi de l'Eglise et de l'État, puisqu'en vertu de ce principe il pouvait sévir contre l'un des deux partis qui troublerait TÉtat à l'occasion d'une Constitution qui était déjà reçue comme loi de l'Église et de l'État.

Or le Parlement n'ayant point fait cela, qu'y a-t-il de plus heureux qu'une déclaration?

On a eu tort de dire et d'écrire qu'on serait inflexible et qu'on ne reviendrait point, parce que, lorsqu'il est absolument nécessaire de se concilier, il ne faut pas dire qu'on ne reviendra pas; il faut au contraire laisser l'espérance qu'on reviendra.

Lorsqu'on a le malheur d'être dans la disgrâce et que cette disgrâce est une espèce de calamité publique, ceux qui réellement la sentent le moins, c'est-àdire ceux dont l'esprit a le plus de force, sont ceux qui doivent paraître la sentir davantage.

Le titre légitime qui est le droit de remontrer demande nécessairement par sa nature qu'on ne perde pas la confiance de celui à qui on remontre et que, par conséquent, celui-ci soit convaincu que ceux qui lui parlent sont aussi exempts de passion qu'on désire qu'il le soit lui-même.

Lorsqu'un corps est en partie assemblé et en partie dispersé, il ne peut par la nature de la chose se réunir que lorsque la partie dispersée confie ses

intérêts et ses volontés mêmes à celle qui est réunie, et la charge en quelque façon de stipuler pour elle.

Que servirait au Parlement de n'avoir pas manqué les circonstances où il fallait marquer du courage, s'il manquait celle où il faut marquer de la condescendance? Pourrait-il se vanter d'avoir agi avec prudence ?

Vous savez mieux que moi que l'application des principes dépend des circonstances. On compte que dans le cas présent vous n'avez à vous décider et à vous déterminer que sur ce seul principe: le salut de l'État est la suprême loi. De dire que vous ne verrez pas la perte de l'État et que vous périrez avant lui, ce n'est pas une raison, parce que votre perte est peu de chose en comparaison de celle de l'État. Pensez bien en vous-mêmes, examinez les choses : en comparaison de l'État vous n'êtes rien.

Tous ceux qui disputent à présent et les sujets de ces disputes mêmes passeront. Le Parlement doit être éternel. Il ne faut donc pas faire céder importance de cet objet à la futilité de l'autre.

Depuis votre exil, vous vous êtes décrédités d'une manière étrange. Depuis le moment où l'on a vu que vous mettiez des obstacles à tous les accommodements, cela a fait comme une révolution dans les esprits; et, ce qu'il y a de triste, vous avez perdu la confiance par les mêmes moyens qui, lorsqu'ils étaient bien appliqués, vous avaient acquis tant de gloire.

Vous pouvez compter que personne n'approuve ce parti que vous prenez et que, dans le public, — je ne parle pas des gens vils et de cette partie qui est toujours nulle, — il est impossible que l'on vous

défende. La raison en est naturelle: vous avez fait cesser tout exercice de justice jusqu'àce que vous ayez terminé l'affaire qui regarde principalement l'Etat, et d'un autre côté vous portez des obstacles à la lin de cette affaire. Dites-moi, je vous prie, ce que vous voulez qu'il résulte de là.

L'État est une grande machine dont vous n'êtes qu'un des ressorts. Vous arrêtez cette machine, et cependant il est nécessaire qu'elle aille. Que voulezvous que nous devenions? Cet état violent de la justice interrompue et toutes les conséquences qui en suivent, les prisons pleines de criminels, etc., ne demandent-ils pas une volonté prompte et sincère de les faire cesser? n'exigent-ils pas un sacrifice de tous les petits obstacles et un désir sincère et intérieur pour la paix?

Vous croyez que, par ces inconvénients, la Cour sera forcée de vous accorder ce que vous demandez, et la Cour, par ces inconvénients, attend le moment où elle puisse vous abîmer sans aucun murmure.

Vous vous souvenez de ce temps qui précéda l'exil du Parlement. La Cour paraissait tranquille. Elle attendait le moment où le public pût moins désapprouver votre exil. Cet exil vint et, depuis ce temps, la Cour attend que vous soyez assez décrédités pour pouvoir vous attaquer encore.

Vous êtes comme ceux qui vont faire naufrage et qui refusent la planche qu'on leur présente parce qu'ils pourraient glisser. Vous vous imaginez peutêtre que vous serez protégés par les ministres. Quels protecteurs pour le Parlement!

Sensit medios delapsus in hostes.

Voyez, je vous supplie, la conduite du Clergé: il garde un profond silence, il paraît de sang-froid; il attend tout de vos brouilleries et de votre chaleur, il cesse pour ainsi dire de travailler à vous perdre, parce qu'il voit que vous vous perdez vous-mêmes certainement. Dans cette occasion, il ne se conduit pas mieux que vous par l'avantage des lumières; il faut donc que ce soit par l'avantage du sang-froid.

Peut-être, mon cher***, qu en écrivant tout ceci, je n'aurai pas eu assez d'attention à mes paroles. Mais, comme je n'ai voulu louer ni blâmer, approuver ni désapprouver, mais rendre compte de la situation actuelle de mon esprit et, je crois, de la situation actuelle des choses, que l'amitié est hardie devant l'amitié, je n'ai point voulu contraindre mon style.

Je vous prie de permettre que je vous embrasse et que je vous présente mes respects. ^

p^.g. — . Ressouvenez-vous de ce temps de la Régence. Vous étiez exilés; vous étiez tous unis; aucune chaleur; vous cherchâtes la fin et vous la trouvâtes. Personne n'a dit que le Parlement ne fût sorti de son exil avec gloire.

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