Cf. la lettre Sog
2. Voyez le Philotanus, dans les Œuvres de Grécourt, éd. 1761, III,
feuilles des plantes\]e rende hommage à vos lumières et à vos vertus. Vos ouvrages font mes délices; ils perfectionnent mon entendement, ils étendent mes vues; j'y contemple en grand le système de l'humanité. J'y suis cette courbe si variée que forment les corps politiques; je tâche d'en démêler tous les points. Newton a découvert les lois du monde matériel: vous avez découvert, Monsieur, les lois du monde intellectuel. Mais les rapports dont ces lois ne sont que les résultats sont bien plus compliqués que ne le sont ceux du monde physique. Les plis et les replis de cette grande chaîne, la finesse de ses anneaux en divers endroits l'ont fait paraître interrompue aux yeux de bien des savants: de là cette multitude de critiques, dédommagements assez minces de Tamourpropre. Les vues qui ne sont pas assez étendues pour saisir l'ensemble d'un ouvrage s'arrêtent à quelques parties et perdent les rapports de ces parties au tout. Avant que j'eusse lu votre ouvrage, j'avais un peu médité sur les lois prises en général, et je m'en étais formé à peu près la même idée que vous. Cet accord ne m'a pas médiocrement flatté. J'avais formé le projet d'une théorie des rapports; j'en ai ébauché le plan: peut-être l'exécuterai -je quelque jour à l'aide de vos lumières.
I. Recherches sur l'usage des feuilles dans les plantes et sur quelqxies autres sujets relatifs à l'histoire des végétaux, Gôttingue etLeyde, in-4'' (avec la date de 17.^4). Dans une lettre du 29 janvier 1735, au secrétaire de l'Académie de Bordeaux (Bibl. Bordeaux, ms 82820^ n° 61), Ch. Bonnet écrit : « L'Académie ayant proposé il y a, je crois, dix à douze &nsVUsage des feuilles, etc., pour sujet du prix de physique, je ne pus alors m'occuper de cet objet intéressant. J'ai été acheminé depuis à l'approfondir un peu, et le livre que j'ai eu l'honneur de présenter à l'Académie était un hommage qu'elle méritait, d'autant plus que cette illustre compagnie a été la première à en proposer le sujet à l'examen des physiciens ».
L'ouvrage que j'ai l'honneur, Monsieur, de vous présenter est dans un genre bien différent, mais tous les genres vous sont familiers. Les plantes ont leurs lois, j'en ai entrevu quelques-unes. J'ai tâché de les décrire clairement et avec toute la précision que le sujet comportait. J'aurais fort souhaité de les approfondir davantage, mais la médiocrité de mes connaissances et de mes talents n'a pas été un des moindres obstacles qui s'y soient opposés. L'état de mes yeux en a formé un autre très considérable: les insectes les ont tellement fatigués que je suis obligé d'user des plus grands ménagements. L'ouvrage que je vous envoie, je l'ai dicté en très grande partie pour ne pas me fatiguer à écrire. Mes yeux vont cependant mieux à présent et j'espère qu'ils se fortifieront de plus en plus. L'emploi que je fais actuellement de ma main pour vous exprimer mes sentiments est un des plus agréables que j'aie encore goûtés.
Agréez, Monsieur, les vœux ardents que je ferai toute ma vie pour la conservation de votre santé, si chère aux partisans de la raison et du vrai savoir, qui sont aussi les amis du genre humain.
Je suis avec respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Charles Bonnet.