‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 394 sur 489 · MONTESQUIEU A CHARLES YORKE · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A CHARLES YORKE

P. Bonnefon, Revue d'histoire littéraire, 1910, p. 3 10; d'après l'original, dans les Hardivick's Papers, t. II (British

Muséum, Additionnai mss, n° 33,35o).

A La Brède, près Bordeaux, ce 4 décembre lySS.

J'ai, Monsieur, reçu votre lettre datée de Paris du 19 octobre; ainsi vous ne vous êtes approché de moi que pour me faire du chagrin. J'aurais été bien heureux de passer quelque temps avec vous à La Brède; vous m'auriez appris à raisonner, et moi je vous aurais appris à faire du vin et à planter des chênes sous lesquels quelque druide se mettra

quelque jour. Mais quand je serais aussi jeune que vous, je ne verrais point cela. Je pars dans trois ou quatre jours pour Paris, d'où Ton me mande qu'on s'ennuie beaucoup ; et, en vérité, il ne vaudrait pas la peine d'aller chercher l'ennui si loin. Si vous avez vu Milord Albemarle, vous avez vu un homme que nous aimons tous ici. Le mandement idiot de M. l'évêque de Montauban' n'a pas plu davantage en France qu'en Angleterre : c'est le propre des gens sots d'être enchantés de leur stupidité, même quand elle fait du bruit.

Je vous répéterai toujours combien j'aurais été charmé de vous voir à Paris ou ici et d'apprendre des choses que les livres ne savent pas. Je vous prie de me recommander à votre illustre ami M. le docteur Warburton; je lui aurais écrit cent fois si j'avais su où adresser ma lettre. Il m'a fait un présent qui fait mes délices; ce sont ses beaux ouvrages et son édition de Pope. Je lui enverrais bien ma nouvelle édition de VEsprit des lois quand je l'aurai faite, mais je croirais ne lui envoyer rien. Je voudrais donc lui envoyer une des choses du monde que j'aime le plus, qui est une pièce de mon vin, que je voudrais qu'il me fît l'honneur d'accepter; mais pour cela, il faudrait que vous eussiez la bonté de me faire un plaisir, qui est de me marquer à qui je dois l'adresser et vous pourrez envoyer votre lettre chez moi, rue Saint-Dominique, à Paris. Ayez la bonté, je vous prie, de parler pour moi à M. le colonel Yorke quand vous lui écrirez.

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