MONTESQUIEU A BERTOLINI
Lettres familières (LUI), p. 219.— Laboulaye, VII, 442.
De La Brède, le 5 décembre 1754.
Je finis la lecture de deux morceaux de votre préface', Monsieur, et je prends la plume pour vous dire que j'en ai été enchanté; et quoique je ne l'aie vue qu'au travers de mon amour-propre, parce que je m'y trouve paré comme dans un jour de fête, je ne crois pas que j'eusse pu y trouver tant de beautés, si elles n'y étaient point.
Il y a un endroit que je vous supplie de retrancher: c'est l'article qui concerne les Anglais^ et où vous dites que j'ai fait mieux sentir la beauté de leur gouvernement que leurs auteurs mêmes. Si les Anglais trouvent que cela soit ainsi, eux qui connaissent mieux leurs livres que nous, on peut être sûr qu'ils auront la générosité de le dire; ainsi renvoyons-leur cette question.
Je ne puis m'empêcher, Monsieur, de vous dire combien j'ai été étonné de voir un étranger posséder si bien notre langue; et j'ai encore des remerciements à vous faire sur mon apologie que vous faites, vous qui m'entendez si bien, contre des gens qui m'ont si mal entendu qu'on pourrait gager qu'ils ne
1 . « Ce magistrat éclairé de Florence a fait un ouvrage dans lequel il prouve que les principes de l'Esprit des lois sont ceux des meilleurs écrivains de l'aniiquité. Cet ouvrage n'a point été imprimé et la république des lettres a droit de le lui demander. Le Discours préliminaire de cet ouvrage est actuellement sous presse, et je crois que le public me saura gré de lui en avoir fait part. » (Guasco.) C'est l'Analyse raisonnée de l'Esprit des lois (Laboulaye, III. i).