MONTESQUIEU A BERNOULLI
Faux de Vrain-Lucas. Comptes rendus... des séances de V Académie des Sciences..., t. LXVIII, (1869), p. 1074.
Ce 2 mai.
Monsieur,
Je suis de retour d'un nouveau voyage à Londres, où je ne suis resté que quelques jours. Les choses
I. Le même volame contient (pp, lojS et 107?) deux prétendues lettres de Bernoulli à Montesquieu.
se sont accomplies selon mes désirs, en partie. D'abord, j'ai obtenu certains écrits de Hobbes qui me font plaisir. Je me suis fait introduire par un ami chez M. Des Maizeaux, qui ne m'a pas reconnu d'abord et qui, partant, nous a fait voir des choses de son cabinet, qui sont des révélations patentes pour la cause que vous savez. Je ne pouvais lui en demander communication, comme bien vous pensez.
Mais sur la fin, je lui ai rappelé mon nom. Il est resté quelque peu embarrassé; enfin il s'est rassuré. Nous nous sommes quittés amicablement. Il m'a même promis de me donner tous les renseignements que je pourrais avoir besoin. Quant aux papiers de Robert Bayle, je n'ai pu en prendre connaissance ; on m'a dit les avoir communiqués pour le moment, mais que plus tard je pourrais les voir, ce qui me donnera sans doute occasion de retourner en Angleterre.
Je vous suis donc très obligé, Monsieur, de m'avoir
donné ces renseignements. Je vous en remercie et je
suis, comme toujours, Monsieur, votre très humble
et très dévoué serviteur.
Montesquieu.
A Monsieur Bernoulli.
Laboulaye, VII, 234; d'après l'autographe, qui se trouvait dans la collection Feuillet de Gonches".
De Paris, ce 10 avril 1742.
J'avais espéré. Monsieur, être en état de vous mander dès aujourd'hui quelque chose de plus positif
I. Ce prétendu autographe est aujourd'hui aux archives de La Brède. II n'est pas de la main de Montesquieu et nous n'avons reconnu celle d'aucun de ses secrétaires.
que je ne le puis faire. Mais, n'ayant pas encore parlé à beaucoup de personnes, peut-être demain serai-je plus en état de vous instruire de la disposition des esprits. Si je ne pouvais être assuré que la déclaration fût reçue avec satisfaction, je laisserais aller en avant sur l'arrêté; si au contraire je vois que l'on désire que je la demande telle que je prévois que l'on la veut donner en éloignant l'assemblée, j^ prendrai le temps nécessaire pour l'obtenir; je ferai en tous cas en sorte de ne rien commettre.
Soyez bien persuadé. Monsieur, de mon sincère et respectueux attachement.