M'"« DE TENCIN A MONTESQUIEU
Original, avec la dernière ligne autographe. Arch. de La Brède.
A Paris, ce 14 novembre [1748].
Si vous étiez à Paris, mon petit Romain, je pourrais vous donner V Esprit des lois; bien entendu que ce ne serait que pour quelques heures.
J'ai le seul exemplaire qui soit encore dans Paris : si je voulais le prêter à tous ceux qui me le demandent, il ne me reviendrait qu'en morceaux. Comme on me l'a envoyé sans être broché et que je ne suis pas accoutumée à plier les cahiers, je n'ai pu en lire que quelques morceaux, et ce peu que j'en ai lu m'a paru admirable. Jugez quelle impression il a faite sur moi, puisque je ne connais aucune lecture, pas même celle de mes chers Romains, comparable au plaisir que celle-là m'a fait. Je vous en dirai davantage quand j'aurai tout lu, mais il a fallu sacrifier mon impatience à celle de M. Fontenelle, qui m'aurait mangé le blanc des 3-eux si je ne lui avais pas prêté l'ouvrage. J'ai eu la sottise de lui dire que je l'avais : depuis ce moment, il ne m'a laissé aucun repos qu'il ne l'ait eu. Son avidité pour cette lecture a été encore augmentée par la seconde qu'il a faite des Romains, dont il est véritablement enchanté.
Vous vous êtes tiré avec honneur de votre négociation avec Maran'. Il est bien dommage que vous n'ayez été chargé de celle de la paix ; en vérité, je ne crois pas qu'elle ait été plus difficile.
M""' la princesse de Conti a eu une indigestion de champignons qu'elle avait cueillis elle-même dans la forêt de Fontainebleau, dont elle a failli mourir; elle en est guérie. Il lui reste présentement à guérir des remèdes qu'elle a pris : il 3^ a au moins de quoi tuer quatre forts chevaux ; cette indigestion se convertit en attaque d'apoplexie. M. d'Aiguillon, qui était à Paris, ne sut faire autre chose, en