M'"^ DE TENCIN A MONTESQUIEU
Original, avec la dernière ligne autographe. Arch. de La Brède.
A Paris, ce 19 novembre I174S].
Je suis toute glorieuse, mon petit Romain, de ce que Ton s'adresse à moi pour vous faire tenir des lettres; c'est une preuve que l'on connaît mon attachement pour vous. Ils ont grande raison : la bonne, la solide amitié est préférable, surtout dans l'absence, aux gentillesses de toutes vos belles madames, qui ne l'emportent pourtant sur moi que quand vous êtes en présence ; cela soit dit en passant.
Helvétius et Saurin sont arrivés. Vous croyez bien que mon premier soin a été de m'informer de vos nouvelles; ils me font craindre que votre retour ne soit encore éloigné. J'en suis fâchée; je voudrais
jouir de votre esprit et de l'agrément de votre commerce; mes infirmités augmentent si fort qu'il n'y a pas lieu que je puisse espérer d'en jouir longtemps.
J'avance avec délices dans la lecture de VEsprlt des lois; tout le monde vous nomme; je soupçonne même que Maupertuis a dit à quelqu'un que vous lui en aviez montré une partie pour moi; je réponds constamment que cet ouvrage est digne de vous, mais que je n'en sais pas davantage.
Adieu, mon cher Romain; aimez-moi autant que vous le pourrez,
Et soyez sûr que je vous aime de tout mon cœur.
392. - M™« DUPRÉ DE SAINT-MAUR A MONTESQUIEU. Autographe. Arch. de La Brède.
A Paris, ce 23 novembre [1748].
Vous avez raison, Monsieur, et moi je suis en faute; mais vos injures m'en consolent si bien que je ne puis me repentir ni ne veux me justifier. Ce n'est pas que je n'eusse de bonnes raisons à alléguer: le livre' envoyé à M. Dupré sans la plus petite mention de votre très humble servante, qui en a pensé mourir de jalousie, serait une des moindres. Mais, soit que j'aie, comme vous le dites, l'esprit mal fait, je préfère un tort que vous voulez bien prendre la peine de me reprocher à une justification qui vous jetterait peut-être dans l'indifférence pour moi. Ma conscience d'ailleurs est fort nette: je suis sûre de