MONTESQUIEU A M™= DE TENCIN
Minute. Arch. de La Brède.
Du 25 novembre 1748.
Je reçois une seconde de vos lettres', Madame, lorsque je faisais réponse à la première. Vous avez donc été la seule en état de me faire lire VEsprit des lois si j'avais été à Paris. C'est sur les ailes de l'amitié qu'il a volé vers vous. Vous m'en dites du bien; je crois que c'est votre cœur qui en juge. Comme je n'ai pas des relations bien étendues, vous me ferez plaisir de m'écrire un peu sur cette matière; vous m'entendez.
Je reçois votre seconde avec une lettre charmante du héros de notre temps^; j'aurai bien de la peine à lui en écrire une qui soit aussi bien et il serait un peu honteux qu'il me surpassât aussi dans mon métier même; je lui pardonne pourtant de m'humilier dans mon petit coin.
J'ai grièvement blessé la charité dans l'éclat de rire que j'ai fait en lisant votre article de l'empoisonnement de M""^ la princesse de Conti, guérie par une apoplexie et honorée de l'apoplexie de M. le duc d'Aiguillon'. Ne doutez point que la duchesse n'eût pardonné ces deux coups à la Providence. La princesse a mangé ces champignons par air, car les princesses aiment beaucoup le petit merveilleux.