M'"» DE GRAVE A MONTESQUIEU
Autographe. Arch. de La Brède.
A Paris, ce 24* septembre 1726.
N'allez pas vous imaginer, Monsieur, que je vous boude ainsi que M. d'Herbigny de ce que vous n'êtes plus président. J'ai tort à la vérité de ne vous avoir pas fait réponse à ce sujet, mais j'ai eu tant de joie d'imaginer que nous allons vous revoir sans crainte de vous perdre que je n'ai pas cru pouvoir assez vous la témoigner par une lettre. J'ai toujours compté que vous alliez arriver, mais vous tardez trop pour l'impatience que j'ai de vous dire que, quoique dépouillé de votre grade, vous n'en serez pas moins bien venu, bien reçu et bien désiré de tout le monde, à l'exception de M. d'Herbigny qui est venu me faire des remontrances sur ce qu'il prétend que c'est moi qui vous ai induit dans la tentation de vendre votre charge. Je l'ai fort assuré du contraire, mais il n'en veut rien croire, car vous savez qu'il est têtu de son naturel. Il est vrai pourtant, Monsieur, que je ne vous ai point donné de conseil là-dessus, mais j'en ai à présent un à vous donner : c'est de faire réflexion qu'il serait ridicule après avoir quitté la robe rouge de demeurer à Bordeaux; il n'y a que votre retour à Paris qui puisse justifier cette démarche.
Mandez-moi donc quand nous vous y verrons. Je pars demain avec mon frère pour Gacé; il m'a chargé de vous inviter d'y venir, vous feriez assurément une belle et bonne action. J'espère y recevoir de
VOS nouvelles: il faut m'écrire par le Noyer-Ménard, à Gacé. M. de Grave vient avec moi, il vous fait mille compliments.
Adieu, Monsieur, croyez que personne ne vous estime plus que moi et n'est plus parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissante servante.
Matignon de Grave.
Je ne vous mande point de nouvelles de ce pays; vous aurez déjà appris la plus grande, qui est la barrette arrivée à M. de Fréjus, à présent M. le cardinal de Fleury. On dit que nous allons voir de grands changements de ministres et on
A Monsieur, Monsieur le Président de Montesquieu, — à Bordeaux.