‹ Correspondance de MontesquieuChapitre 184 sur 433 · MONTESQUIEU A M»"» DE GRAVE · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A M»"» DE GRAVE

Minute. Arch. de La Brède.

A Bordeaux, ce 17 octobre 1726.

Mon Dieu, Madame, je voudrais bien être avec vous à Gacé ; je m'y suis si fort plu sans vous; que serait-ce si je pouvais vous y voir, rire, bouder, jouer, me promener, me perdre avec vous, revenir ensuite dans cette belle salle, vous pour faire mille caresses et moi mille protestations d'amitié à M. le marquis de Grave, tromper la pénétration du frère, prendre de temps en temps une petite dose d'ennui

I(So CORRESPONDANCE

fournie par le gentilhomme voisin pour devenir plus sensible au plaisir! Je vous assure que je voudrais bien être à Gacé.

Je ne sais comment vous faites votre compte, mais dès qu'une sottise est possible, vous m'en soupçonnez toujours. Je ne veux point rester à Bordeaux et je crois m'arranger pour plusieurs années en restant un mois de plus ici. Il s'agit d'établir une communication pour les vivres; on n'a point des douanes et des impositions à lever, et dans ce monde on fait comme on peut.

Adieu, ma belle dame, n'oubliez pas la personne du monde qui vous est le plus attachée, et, si vous voulez me donner des marques de votre amitié, entretenez et même augmentez celle dont m'honore le cher frère, et je suis avec les compliments ordinaires...

Mille amitiés, s'il vous plaît, à M. le marquis de Grave.

A Madame, Madame la marquise de Grave ^ — par le Noyer-Ménard, à Gacé, Normandie.

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