‹ Correspondance de MontesquieuChapitre 215 sur 433 · MONTESQUIEU A L'ABBÉ D'OLIVET · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A L'ABBÉ D'OLIVET

Isographie des hommes célèbres, Paris, 1828-1830, t. III. — Laboulaye, VII, 220.

Vienne, 10 mai 1728.

Je vous écris, Monsieur mon cher et illustre abbé, et je voudrais fort que ce fût un moyen de me conserver votre amitié, que je cultiverai toute ma vie autant qu'il me sera possible, parce qu'elle est pour moi d'un prix infini. Je suis assez content du séjour de Vienne ' : les connaissances y sont très aisées à faire, les grands seigneurs et les ministres très accessibles : la Cour y est mêlée avec la ville; le nombre des étrangers y est si grand, qu'on y est en même temps étranger et citoyen; notre langue }'■ est si universelle qu'elle y est presque la seule chez les honnêtes gens, et l'italien y est presque inutile. Je suis persuadé que le français gagnera tous les jours dans les pays étrangers. La communication des peuples y est si grande qu'ils ont absolument besoin d'une langue commune, et on choisira toujours notre français. Il serait aisé de deviner, si on interceptait cette lettre, que c'est un académicien qui parle à un académicien.

M. de Richelieu est parti d'ici, adoré des femmes et très estimé des gens sensés. Les deux plus grands hommes de lettres qu'il y ait à Vienne sont le prince Eugène et le général Stahremberg -. Si vous pouvez

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