MONTESQUIEU A RICHELIEU
Minute autographe. Arch. de La Brède.
[Vienne, mai 1728.]
Vous me dites en partant, Monsieur mon illustre duc : « Prenez bien soin d'Ariane. » Je la trouvai dans les larmes, ces larmes allemandes qui ne sont point feintes, mais à la fin il faudra bien se consoler. Toutes les dames me demandent pourquoi vous n'écrivez point. Est-ce à moi, dis-je, à répondre de tous les torts que M. le duc de Richelieu a avec les femmes ? Je ne crois pas qu'il y ait dans le monde de si mauvaise cause à défendre. M""' de Badiani me charo-ea hier de vous mander qu'elle était très en colère contre vous de ce que vous Taviez oubliée. «Bon, dit un grand homme, il ne se souviendra pas plus de ce pays-ci que s'il n'y avait jamais été. » Voilà, Monsieur le duc, l'état de vos affaires au juste.
L'Empereur doit partir le vingt pour Gratz et Trieste. On compte que ce voyage sera d'environ trois mois et demi; cela m'a déterminé à aller voir une partie de la Hongrie et je partirai au commen-
cernent de la semaine prochaine pour Presbourg", pour voir la Diète.
Agréez, je vous supplie, Monsieur le duc, que je me félicite du bonheur que j'ai eu d'être connu de vous; c'est une idée qui me fait toujours plaisir lorsque je me la rappelle. J'ai l'honneur d'être... (sic).
J'ai écrit à la Cour pour l'affaire à laquelle vous avez eu la bonté de m'intéresser '. Faites-moi la grâce de me mander ce qu'on en pense, afin que je prenne mon parti, car si je ne suis pas capable de remplir un poste à présent, je ne le serai pas davantage lorsque je l'aurai demandé vingt fois et que j'aurai fait bien des démarches pour l'obtenir.