MONTESQUIEU A BERWICK
Minute autographe. Arch. de La Brède.
[Vienne, 2 juillet 1728.]'
Monseigneur, 'J'ai reçu à mon retour de Hongrie, où j'ai resté pendant près d'un mois, une lettre dont vous m'avez honoré, qui m'apprend deux nouvelles qui m'ont fait bien du plaisir : l'une que votre santé est bonne, l'autre que M™* de Renel est dame du palais. Comme je sais la répugnance qu'elle a, toute sa vie, eue pour cette place, je n'ose hasarder mon compliment.
a) Biffé : Je conçois qu'il a voulu me tourmenter. — b) Biffé: Un voyage que j'ai fait de vingt-huit jours en Hongrie m'a empêché d'avoir l'honneur de vous écrire régulièrement.
I. La date est donnée par la réponse de Berwick (lettre 187).
22b CORRESPONDANCE
Je suis persuadé qu'il n'a pas fallu moins que votre autorité pour l'obliger à l'accepter. Je crois avoir eu l'honneur de vous mander combien M. le maréchal Starhemberg avait été sensible aux compliments que je lui ai faits de votre part; il me paraît pénétré d'estime pour vous. Milord Waldegrave part demain pour Gratz; j'irai aussi et je compte y passer dix ou douze jours, après quoi j'irai à Venise, passant par Trieste et Fiume, car je m'imagine qu'il va être beaucoup parlé de ces lieux.
Je ne saurais vous dire combien milord Waldesrrave est du ofoût des ministres allemands et étrangers. J'ai été douze jours à Presbourg, où j'ai vu la Diète et tous les seigneurs hongrois, et où j'ai bien bu du vin de Hongrie. Le second jour de mon arrivée, un évêque de Belgrade nommé Nadasti' me prit si fort en affection chez M. le Palatin, qu'à force de me porter des santés excellentissinto domino palatino, serenissimo principi primati, ad ordines et status regni Hungariœ , ad principum christianorum concordiain nous nous enivrâmes mutuellement et il me disait toujours : Veni mecuin Belgradiiun , habeo bonos equos qui nec denai'ium tibi constabtmt, et moi je lui répondais : Vestra Reverentia tant bene bibit ut me occidevet prima die K J'ai été ensuite voir les mines de Kremnitz". Vienne est devenu un désert depuis le départ de l'Empereur.
a) Biffé: Il me pria à dîner pour le lendemain, mais je n'eus garde d'y aller. Avec tout cela, j'ai vu plusieurs de ces seigneurs-là qui avaient bien de la politesse, surtout le prince Estherazy, primat, qui est un homme d'un grand mérite.