‹ Correspondance de MontesquieuChapitre 27 sur 433 · MONTESQUIEU A CAUPOS ET EN SON ABSENCE A SARRAU DE VÉSIS · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A CAUPOS ET EN SON ABSENCE A SARRAU DE VÉSIS

Comptes rendus des séances de Vacadétnie de Bordeaux, i858, p. 20. — Laboulaye, VII, 2i3.

[Juillet-août 1721.]

Je vous écris, mon cher confrère, aujourd'hui vendredi, parce que demain matin je dois aller à la campagne pour tout le jour. J'écrivis à M. de Vésis par l'extraordinaire de mercredi, et lui demandai excuse d'avoir laissé passer deux courriers, sans lui

I. Cette lettre est accompagnée : i* d'une donation de 60.000 livres faite par La Force à l'Académie (9 mai 1720) ; — 2* de la vente par Guillaume de Massip à l'Académie d'une maison, sise rue du CoUègedes-Lois, pour le prix de 52. 000 livres (i(5 mai 1720); — 3° d'une transaction portant annulation de cette vente (16 juin 1722).

Voici ce qui s'était passé. Le don de La Force avait été fait en billets de la Banque royale. Ces billets baissant déjà de façon inquiétante, Massip avait exigé d'être payé de la façon suivante : il touchait 22.000 livres comptant, et, pour les 3o.ooo livres encore dues, il tirait sur chacun des trois commissaires de l'Académie (Montesquieu, Caupos et Sarrau de Boynet) une lettre de change de 10.000 livres payable dans quatre ans seulement. Survint la banqueroute du Sj'stème; les trois commissaires se trouvaient personnellement responsables des lettres de change sur eux tirées par Massip. Heureusement pour eux, ce dernier n'a\ait pas rempli ses engagements et n'avait pas livré en temps voulu sa maison à r.'\cadémie. Il y eut procès et l'on aboutit à la transaction du 16 juin 1722. [Reg. mss de l'Académie, II, p. 71 et suiv.)

DE MONTESQUIEU l5

écrire. Ayant appris que le duc était arrivé le matin de la campagne, et retournait le soir, j'y allai à une heure, comptant bien qu'il me prierait à dîner, et je comptais que dans tout le temps que nous serions ensemble, il ne pourrait guère s'empêcher de me parler de l'affaire de l'Académie ; mais il m'en garda entièrement le secret.

Après dîner, je passai chez Bernard % qui me dit qu'il avait parlé de l'affaire à M. le duc, qui lui avait dit qu'il voyait que le motif de l'Académie, en lui demandant le droit de réversion, était de faire un emprunt par elle ou par nous; que, cet emprunt fait, il arriverait qu'on laisserait arrérager les intérêts ; qu'il arriverait de là, infailliblement, qu'on ferait quelque jour décréter la maison contre son intention, qui avait été que cette maison fût pour jamais à l'Académie; mais que, si on pouvait lui fournir un expédient qui obviât à cette difficulté, il s'y prêterait. J'eus un beau champ pour combattre Bernard, et je le poussai si bien qu'il ne put plus soutenir le procédé, et me dit: « Dès que vous serez chez vous, écrivez-moi une lettre que je puisse montrer, qui soit com.me une suite de notre conversation, et que je puisse montrer à M. le duc. » Je souscrivis à cet expédient, j'admirai son esprit, et je lui envoyai la lettre dont vous trouverez ici la copie 5.

Je comptais partir dimanche prochain, mais cette affaire pourrait bien me retenir quelques jours, étant bien aise de veiller et de savoir l'effet qu'aura produit ma lettre.

Page 1