‹ Correspondance de MontesquieuChapitre 311 sur 433 · MONTESQUIEU A SARRAU DE BOYNET · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A SARRAU DE BOYNET

Autographe. Bibl. Bordeaux, Lamontaigne, t. XXX.

A Paris, ce 2 juin lySG.

J'ai reçu, mon cher confrère, votre lettre du tg mai. Je suis bien aise que vous soyez content de votre protecteur; c'est en vérité de toutes façons une bonne acquisition. Je le vis hier et lui dis, comme Melon et moi en étions convenus, de vouloir bien nous nommer un de ses secrétaires avec lequel nous puissions correspondre pour les affaires qui ne mériteraient pas d'aller d'abord directement à lui. Il fit beaucoup de politesses, disant qu'il voulait que l'on lui fît part de tout et qu'il trouverait tout important, et enfin il nomma l'abbé Cossoni; ainsi, quand vous ne jugerez pas que la chose vaille la peine d'aller directement à Son Éminence, vous ferez bien d'écrire à Tabbé Cossoni, chez 1^1. le cardinal de Polignac; vous aurez parla une expédition plus aisée et plus prompte.

La Bourgogne, la Champagne, l'Ile-de-France, enfin tout ce qui n'est pas au midi, est entièrement

gelé; je l'ai vu propriis oculis, arrivant de rextrémité de l'Ile-de-France où j'ai vu toutes les vignes grillées. C'est un malheur affligeant, mais dont nous tirerons un peu parti, car il faudra boire à Paris du vin de Languedoc et du Rhône. Nous nommerons aujourd'hui à l'Académie française deux académiciens, M. l'évêque de Mirepoix' et M. de La Chaussée, connu par des comédies qui ont réussi. J'ai bien envie de vous venir voir. Je compte être à La Brède au commencement de mars.

Je vous salue et embrasse mille fois, Monsieur

mon très cher confrère.

Montesquieu.

Mes embrassements bien tendres à M. votre frère; je suis en peine de ne recevoir de lettres de lui ni de Bel.

A Monsieur, Monsieur de Sarrau, écuyer et secrétaire de l'académie de Bordeaux, rue de Gourgue, — à Bordeaux.

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