MONTESQUIEU A MAIRAN
Actes de V Académie... de Bordeaux, iSjj-yB, p. 22. — Laboulaj'e. VII, p. 238, d'après l'original qui se trouvait dans la collection Feuillet de Gonches.
A Paris, ce 27 juin 1737.
J'ai, Monsieur, une suite de microscopes et je voudrais savoir de combien ils grossissent relativement les uns aux autres. Je ne sais d'autre façon que de considérer un corps long comme un bout d'aiguille, de voir combien il paraît au microscope le moins lin plus long qu'à la vue ordinaire. S'il paraît une autre fois plus long, je dis 2x2 font 4 ; 2x4 font 8 ; je dis donc : ce microscope grossit huit fois. Je vois ensuite l'aiguille à la seconde lentille, qui allonge trois fois plus que la première : je dis 3 fois 8 font 24 ; 3 X 24 font 72 ; et je dis que cette seconde grossit soixante-douze fois plus qu'à la vue simple. Ainsi de suite. Tout cela n'est que par estime. Y a-t-il une manière plus exacte de donner combien chaque microscope agrandit les objets, soit
I. Peut-être Mairan ; cf. la lettre suivante, p. 33 1, note 2.
DE MONIF.SOUIEU 33 I
par le diamètre de la convexité ou la distance du foyer, et cette manière peut-elle être aisément pratiquée par autres que par les ouvriers ? Et dans les observations que l'on fait avec le microscope, la première manière, qui n'est fondée que sur une supposition qui ne peut jamais être exactement juste suffit-elle ?
Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien me donner quelque éclaircissement là-dessus. Comme je mets en état les petits ouvrages que j'ai autrefois donnés à l'académie de Bordeaux, et que j'ai un mémoire de quelques observations faites avec mes microscopes ', je voudrais mettre au fait le lecteur, lorsque je dis que j'ai vu à la première, à la seconde, à la troisième lentille. Mille pardons, Monsieur, de ce que je vous détourne de vos grandes et belles occupations. M. Faret (?)- me dit les bontés que vous aviez eues pour lui et pour moi, dont j'ai l'honneur de vous remercier très humblement et vous supplier de me continuer toujours quelque part dans l'honneur de votre amitié.
Je suis, avec toute sorte d'attachement le plus tendre, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Montesquieu.
A Moyisieur ^ Monsieur de Mairan, de V Académie des Sciences, — au Vieux Louvre.
1. Essai d'observations sur l'histoire naturelle, lu à la séance publique de l'académie de Bordeaux du 20 novembre 1721. (Bibl. Bordeaux, ms 828 6, pièce VIII).
2. Dans les Actes de l'Académie, on lit « Tenet (?) », dans Laboujaye, € Senet » ; ne s'agirait-il pas du Faret de la lettre précédente ?