MONTESQUIEU A MARTIN FFOLKES
Laboulaj'e. VII, 241 ; d'après l'original appartenant à Sir William Ffolkes.
A Paris, ce 19 d'août 1738.
J'ai, Monsieur, reçu votre lettre du premier de juillet. Quand j'entends parler de vous, quand j'en parle, quand je reçois de vos lettres, il me semble
1. Le temple de Gnide dont l'édition de Londres, I7?8 (Paris, Prault) était accompagnée des Ames Rivales, de Moncrif.
2. Antoinette - Madeleine des Bordeaux, comtesse de Fontaine- Martel (1662-1733).
3. Martin Ffolkes, (1690-1754), mathénoaticien et antiquaire, président de la Société Royale, membre associé de l'académie de Bordeaux le 18 août 1743 (Reg. mss de l'Académie, II, i63). — Cf. Pensées, II, 166 : t Si on m'avait demandé quels défauts il avait dans le cœur et dans l'esprit, j'aurais été embarrassé de répondre. >
que mon cœur est toujours également flatté. J'avais espéré que Milord Waldegrave nous amènerait ici; et je comptais, malgré la vie tumultueuse que l'on mène ici, ne penser qu'au plaisir d'être avec vous. Je vois que vos affaires nous ont dérobé ce plaisir. J'espère de venir vous rendre visite l'année prochaine ; je compte y mener mon fils qui s'applique aux sciences, et qui y fait même quelque progrès. Je crois pouvoir vous dire cela, car quand on parle à son ami on parle à soi-même. J'aurai un grand plaisir d'avoir l'honneur de vous le présenter et de vous demander vos avis sur la route qu'il a prise. Je vous supplie, en envoyant le Ridley, de vouloir bien y mettre le prix ; cette petite exactitude est nécessaire entre nous, sans quoi je serais gêné pour de pareilles commissions que votre amitié me permet de prendre la liberté de vous donner. Je remettrai cette petite somme à M. Turner, ou à autre qui partira pour l'Angleterre. A l'égard des observations de Naples, je vous avoue que je n'ai pas eu, depuis le retour de mes voyages, le temps de jeter les yeux sur ce que j'ai fait, et cela même n'en vaut guère la peine. Je commence à perdre la force de travailler ; par bonheur je n'en perds pas le goût. Je dînai hier chez M. Turner ; nous parlons toujours de vous quand nous sommes ensemble.
Adieu, Monsieur, je vous honore plus que personne dans le monde, et suis, avec les sentiments les plus tendres et les plus respectueux, votre très humble et très obéissant serviteur.
Montesquieu.
Quand vous verrez Milords ducs de Richmond ' et de Montagu-, M. MitchelP, et nos autres amis, faites-moi le plaisir de leur faire bien des compliments respectueux de ma part.