‹ Correspondance de MontesquieuChapitre 324 sur 433 · MONTESQUIEU A L'ABBÉ VENUIP · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A L'ABBÉ VENUIP

Lettres familières (IH), p. i6. — Laboulaye, VII, 2/i3.

De Paris, ce 17 mars lySg.

J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, avec beaucoup plus de joie que je n'aurais cru, parce que je ne savais pas que M. l'abbé de Clairac, que j'honorais déjà beaucoup, fût le frère de M. le chevalier Venuti-, avec qui j'ai eu l'honneur de contracter amitié à Florence et qui m'a procuré l'honneur d'une place dans l'académie de Cortone. Je vous supplie, Monsieur, d'avoir pour moi les mêmes bontés qu'a eues M. votre frère.

M. Campagne' m'a écrit le beau présent que vous lui aviez remis pour moi, dont je vous suis infiniment

1. « Ce savant italien, d'une maison de condition de Cortone, avait été envoyé en France par le chapitre de Saint-Jean-de-Latran comme vicaire de l'abbaye de Clairac, que Henri IV conféra à ce chapitre après son absolution. Pendant nombre d'années qu'il séjourna en France, il travailla à plusieurs dissertations sur l'histoire du pays pour l'académie de Bordeaux, à laquelle il fut agrégé, et à des poésies, entre autres, au Triomphe de la France littéraire, et à la traduction du poème de la Religion de M. R.icine. Il mérita par là une gratification du Roi en quittant la France pour passer à la prévôté de Livourne, que l'Empereur lui conféra comme grand-duc de Toscane. > (Guasco.)

2. Nie. -Marc. Venuti ( i 700- 1 755). — « Il fut le premier qui nous donna une relation de la découverte d'Herculanum, avec un détail des antiquités qu'on avait trouvées de son temps. lia eu aussi la plus grande part à l'établissement de l'Académie étrusque de Cortone, qui nous a donné sept volumes in-40 d'excellents mémoires sur des sujets d'histoire et d'antiquités. » (Guasco.)

3. Médecin bordelais, membre de l'Académie, qui créa en 1730 le premier jardin botanique de Bordeaux. Cf. Péry, Histoire de la Faculté de médecine de Bordeaux, p. 40.

obligé'. M. Baritaut m'avait déjà fait lire une partie de cet ouvrage ; et ce qui m'a touché dans vos dissertations, c'est qu'on y voit un savant qui a de l'esprit, ce qui ne se trouve pas toujours.

Vous êtes cause, Monsieur, que l'académie de Bordeaux me presse l'épée dans les reins pour obtenir un arrêt du Conseil pour la création de vingt associés au lieu de vingt élèves-. L'envie qu'elle a de vous avoir et la difficulté, d'autre part, que toutes les places d'associés sont remplies fait qu'elle désire de voir de nouvelles places créées. Les affaires de M. le cardinal de Polignac et d'autres font que cet arrêt n'est pas encore obtenu. J'écris à nos Messieurs que cela ne doit pas empêcher et que vous méritez, si la porte est fermée, que l'on fasse une brèche pour vous faire entrer.

J'espère, Monsieur, que l'année prochaine, si je vais en province, j'aurai l'honneur de vous voir à Glairac et de vous inviter à venir à Bordeaux. Je chérirai tout ce qui pourra faire et augmenter notre connaissance. Personne n'est au monde plus que moi et avec plus de respect.

P. -S. — Quand vous écrirez à M. le chevalier Venuti, ayez la bonté, Monsieur, de lui dire mille choses de ma part: ses belles qualités me sont encore présentes.

A l'abbé Venuti, — à Clairac.

1. Le livre que Venuti avait envoyé à Montesquieu et qu'il faisait passer pour son œuvre était en réalité de l'un de ses frères, l'abbé Rodoltino Venuti. Cf. la Note publiée par l'un de nous dans la Revue historique de Bordeaux, 191 3, p. 71.

2. Ce même jour, 17 mars 1739, l'abbé Venuti était élu associé de l'académie de Bordeaux (Reg. mss de l'Académie, II, p. i 5o).

270.— MONTESQUIEU AU PÈRE FRANÇOIS CHABROL'. Minute autographe. Bibl. de Bordeaux, Lantontaigne, t. XXX.

[Mars 1739.]

C'est avec bien de la joie, mon révérend Père, que l'Académie vous voit aujourd'hui prendre la place d'académicien associé^ que le Roi lui permet de donner à un religieux de chaque ordre". La connaissance profonde que vous avez acquise des principales parties des mathématiques est parvenue jusqu'à nous. Vos talents n'ont pu être cachés ni par votre retraite, ni par votre modestie. Parfaitement instruits de tout ce que vous valiez, nous n'avons eu qu'une voix quand vous nous avez été proposé et nous nous sommes portés à satisfaire le désir que vous avez marqué d'entrer parmi nous, avec un empressement égal au vôtre. Des dispositions favorables nous assurent que le zèle que vous avez témoigné pour cette compagnie ne vous abandonnera jamais et que vous travaillerez de plus en plus^ à étendre vos connaissances dans des sciences si vastes et si nécessaires; elles doivent nous assurer aussi que notre estime augmentera à mesure que nous vous verrons de plus près et que nous vous

a) Azi-dessus de la îiç;ne on lit, sans que le texte primitif soit effacé: aux personnes de voire état. — b) Au-dessus de la ligne on lit : a.vcc une nouvelle application.

1 . Le P. François Chabrol, récollet. C'est de lui que parle Darcet quand il écrit à Latapie que la correspondance entre Montesquieu et le préside.jt Barbot « a été livrée aux flammes par la fanatique sœur de ce dernier, dirigée par un tartuffe de moine qui ne la quittait pas ». (Mélanges inédits de Montesquieu, p. XIX.)

2. Il fut élu académicien associé le 17 mars 17^9 (Reg: mss de l'Aca^ demie, II, p. i5o).

connaîtrons davantage. Poursuivez donc, Monsieur, poursuivez une carrière où vous êtes déjà si avancé. Observez avec exactitude et application le cours des cieux: c'est une étude digne d'un homme. Ils annoncent la gloire de Dieu et vous fourniront une ample matière à des méditations conformes à votre état et à des observations qui enrichiront cette académie. Accoutumé par votre profession à remplir avec exactitude vos devoirs les plus relevés sans négliger ceux qui paraissent moins" importants, nous avons lieu d'espérer que vous saurez mieux que personne connaître et remplir ceux que la place où vous venez d'être admis vous impose et que vous mériterez autant par vos travaux les suffrages unanimes de toute la compagnie et l'approbation de notre illustre protecteur, comme'' vous les avez déjà mérités par vos talents et votre réputation.

Page 1