‹ Correspondance de MontesquieuChapitre 369 sur 433 · MONTESQUIEU AU PRESIDENT BARBOT · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU AU PRESIDENT BARBOT

Original. Bibl. de Bordeaux, Lamontaigne, t. XXX.

Je reçois, mon cher confrère, votre lettre au sujet de l'abbé de Grave. Je ne saurais m'empêcher d'approuver ce qu'a fait l'Académie dans cette occasion, et effectivement les raisons pour l'exclusion sont si bonnes qu'il est impossible de ne pas s'y rendre'. Les Réaumur et les Mairan regardent à peu près les sciences comme un sous-fermier sa place et je vous avoue que je suis piqué de voir un homme qui a de la réputation à perdre venir donner froidement une attestation comme quoi un homme sait la géométrie lorsqu'il est notoire à Bordeaux qu'il n'en sait pas un mot, comme vous me faites l'honneur de me le mander ; ce qui ne peut prouver que deux choses : qu'il ne se soucie pas que nous découvrions qu'il nous a pris pour dupes, ou qu'il nous croit si ignorants que nous n'en découvrirons jamais rien, et je

I. Les registres de l'Académie ne conùennent aucun renseignement sur cette affaire. — .M. de Bordes de Portage (à Bordeaux) possède une lettre d'un abbé de Grave, du 22 juillet 1769, qui se dit censeur royal et bibliothécaire du Roi et donne à cette époque son adresse « chez M'"« Pouget, rue Sainte-Colombe, à Bordeaux».

suis bien aise que l'on fasse voir à ces grands génies que l'on n'est pas des bêtes.

J'ai écrit une lettre à M. de Sarrau', par laquelle je lui mandais que l'on avait découvert en Italie un homme qui pourrait être astronome. Je n'ai pas le temps de vous redire tout cela ; vous le verrez dans ma lettre à M. de Sarrau. Je persiste toujours à croire que l'Académie ferait très bien d'envoyer à Paris le P. François ou bien M. Thésis^ pour apprendre l'astronomie et à tenir un observatoire. Ce n'est que par là que vous pourrez avoir de bons sujets : il faut les faire vous-même. Le P. François me paraît une bonne caboche ; je le connais pourtant très peu. Un moine marche à peu de frais, et en tout cas l'argent serait bien employé. Souvenez^vous que l'abbé Nollet5 était un laquais de M. de Réaumur avant d'être Toracle des dames de Bordeaux. Si un homme comme le P. François ou autre qui eût de l'intelligence pour apprendre était ici, il serait facile de lui procurer des connaissances et des secours. Voilà comme font les Anglais : ils envoient des jeunes gens voyager.

Pour l'abbé de Grave, il serait ridicule, me semble, de faire réchauffer cette affaire. Si M, de Mairan m'en parle, je vous assure que je lui dirai bien que, quoiqu'on eût d'abord cru aveuglément son suffrage sur la géométrie de l'abbé, on avait trouvé dans un moment qu'il n'en savait pas un mot, ce qui avait

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