‹ Correspondance de MontesquieuChapitre 384 sur 433 · MONTESQUIEU A M""* DUPIN · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A M""* DUPIN

Villeneuve-Guibert. Le porte feuille de Madame Dupin, p. 432.

[Mars 1744.]

Je vous supplie de croire que ce n'est que parce que vous êtes une très jolie femme et très aimable, que je vous écris; car d'ailleurs je n'ai aucune affaire à vous, la perte de ce vin ne vous concernant point, n'ayant jamais mis dans mon arrangement qu'il pût être au risque de M. Dupin, Je vous supplie, n'en parlons plus; s'il y en a de bon cette année, je lui en écrirai et je m'arrangerai avec lui ou avec vous, pour vous en envoyer, Madame.

Je suis bien fâché que mon voyage de Chenonceaux se retarde tous les jours. Ce serait un grand plaisir pour moi de vous y rendre une longue visite, et de vous suivre dans vos tournées, comme faisait le pauvre abbé de Saint-Pierre, qui n'a jamais eu dans sa vie des regrets que de vous quitter, c'est-àdire de mourir.

Nous apprenons toujours ici de belles nouvelles des victoires du Roi, et cependant nous ne vo3'ons rien de M. de Voltaire. On nous a dit qu'il était historiographe de France'; cela est-il vrai? l'histoire ne serait plate ni de la part du héros, ni de la part de l'écrivain. J'ai reçu une lettre de Maupertuis datée de Rouen; c'est un adieu qu'il me donne. Il me mande qu'il s'embarquera dans le plus petit vaisseau du monde pour Hambourg; il vaudrait

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