Claude Annet, chevalier d'Apcher
cour de Vienne, il montre d'être fâché de ses échecs. Sachez, mon cher ami, qu'il y a des seigneurs avec qui il ne faut jamais disputer après dîner. Vous avez agi très prudemment en lui écrivant après son réveil. Votre lettre est digne de vous, et je suis enchanté qu'elle l'ait désarmé. Vous devez être glorieux d'avoir triomphé, le jour de saint Louis, d'un de nos lieutenants généraux, sans que personne vous ait aidé.
Mandez-moi si vous accompagnerez M""® de Montesquieu à Glairac ; car mon ouvrage avance et, si vous prenez la route opposée, il faut que je sache où vous faire tenir la partie qui va être prête. Je souhaite que votre voyage sur le pic du Midi soit plus heureux que la chasse d'amiante et la pêche des truites du lac des Pyrénées, Mon ami, je vois que les choses difficiles ont de grands attraits pour vous, et que vous suivez plus votre curiosité que vous ne consultez vos forces. Souvenez-vous que vos yeux ne valent guère mieux que les miens: laissez que mon fils, qui en a de bons, grimpe sur les montagnes et y aille faire des recherches sur Thistoire naturelle'; mais gardez les vôtres pour les choses nécessaires. Si l'on vous a regardé comme un politique dangereux, parce que vous aimez à lire les gazettes, vous courez risque que l'on vous fasse passer pour un sorcier, si vous allez grimpant sur des rochers escarpés. Adieu.
I. Cf. les Observations de physique et d'histoire naturelle... de Secondât (Paris, ijDO, in-12), où il raconte ses ascensions au pic du Midi, en particulier (p. 89) celle du 2 3 août 1746, à laquelle Montesquieu fait ici allusion, et (p. 39) sa t chasse à ramianie ou lin incombustible qui croit sur une montagne voisine de Baréges. »