‹ Correspondance de MontesquieuChapitre 417 sur 433 · MONTESQUIEU A GUASCO · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A GUASCO

Lettres familières (XVII), p. Gq. — Laboulaye, VII, 288.

De Paris, 24 décembre 1746.

Ma lettre, à laquelle vous venez de répondre, a fait un effet bien différent que je n'attendais: elle vous a fait partir; et moi je comptais qu'elle vous ferait rester jusqu'à ce que vous eussiez reçu des nouvelles du départ de mon manuscrit ; au moins était-ce le sens littéral et spirituel de ma lettre. Depuis ce temps, ayant appris le passage du Var', ie fis réilexion que vous étiez Piémontais, et qu'il était désagréable pour un homme qui ne songe qu'à ses études et à ses livres, et point aux affaires des princes, de se trouver dans un pays étranger dans des conjonctures pareilles à celles ci : de sorte que vous prendriez peut-être le parti de retourner dans votre pays, surtout s'il est vrai que votre bon ami, le marquis d'Orméa, est mort ou n'a plus de crédit-, comme le bruit en court. Je parlai à notre ami Gendron5 de la situation désagréable dans laquelle cela vous mettait et il pense comme moi. Mais nous espérons qu'à la paix vous pourrez jouir tranquillement de l'aménité de la France, que vous aimez, et où l'on vous aime. Peut-être, mon cher ami, ai-je

1. Le passage du Var par les Piémontais, le 3o novembre 1746.

2. « L'un et l'autre était vrai. Lorsque je passai à Turin, on me dit que ce ministre, sapercevant que son crédit était fort baissé, tomba dans une maladie lente, et qu'il mourut au milieu des douleurs et des rugissements. > (Guasco.)

Sur la brouille du marquis d'Orméa et de Guasco, voy. !a lettre 290, note 2.

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