BULKELEY A MONTESQUIEU
Autographe, Arch. de La Brède.
A Versailles, ce 23° septembre 1723.
Je ne prétends pas d'entreprendre l'apologie de ma nation que vous injuriez à tort, mais je puis assurer mon cher Président que l'amitié dont il honore l'Anglais lui est trop précieuse pour qu'il néglige aucune occasion de vous en marquer sa reconnaissance. La mort du Cardinal est arrivée deux ou trois jours après votre départ ; vous étiez en chemin, ma lettre ne vous aurait trouvé qu'à Bordeaux, et alors cet événement, qui en effet n'a guère apporté de changement, n'eût point été une nouvelle; d'ailleurs j'attendais une lettre de vous, avant de vous écrire, ainsi que nous étions convenus; et ce n'a été que la crainte d'avoir perdu vos bonnes grâces qui m'a déterminé à vous en demander la raison; soyez plus juste et je serai plus exact, mais j'espère que notre commerce de lettres ne durera pas longtemps et que nous aurons bientôt le plaisir de vous revoir en ce pays-ci.
Je ne manquerai pas de faire vos compliments à M. le Maréchal et à M"^ de Berwick quand je les verrai. Je me suis déjà acquitté de ce que vous m'avez chargé pour M""= de Maillebois; elle vous en remercie, mais elle se plaint de votre silence; vous lui aviez promis quelque chose de plus que les compliments. Pour le bâcha il n'est pas encore de retour, mais nous l'attendons tous les jours.
II me semble qu'il n'y a rien de nouveau: le premier ministre n'accouche de rien, tout le monde attend des grâces qui ne s'accordent point; la plus grande nouvelle c'est le retour du Roi à Paris dont on parle beaucoup et qui, je crois, a quelque fondement, car M. le duc d'Orléans le désire; on prétend qu'on ira passer trois ou quatre mois à la ville, depuis Noël jusques au printemps, et que le séjour de la Cour sera partagé entre la capitale, Versailles et Fontainebleau.
La petite vérole fait toujours beaucoup de ravages à Paris; vous êtes mieux instruit que moi de ce qui s'y passe. Mandez-moi un peu ce que vous faites à La Brède; je crois que vous vous occupez à autre chose qu'à vos projets de bâtiments et vous m'avez promis de m'en faire part.
Il faut que je vous prie de me faire un plaisir quand vous verrez M. Boucher i. Vous saurez qu'on donne aux brigadiers 600 livres par an pour leur logement; il m'en est dû deux années. M. Boucher a fait d'abord difficulté de me comprendre sur l'état pour 1722, sur le prétexte que j'avais servi dans la généralité de Montauban, ce qui était absurde, puisque ma lettre de service est pour la Guyenne en général, et que mes appointements ont toujours été payés à Bordeaux; depuis, Chevery me mande que le dit Boucher veut bien me faire la grâce de me mettre sur son état pour 1722, 1723 et 1724, mais que je ne pourrai espérer d'être payé de ce qui m'est dû que dans l'année prochaine, ce qui me paraît nouveau. Je vous prie de vouloir bien en demander la raison à votre