‹ Correspondance de MontesquieuChapitre 95 sur 433 · MONTESQUIEU AU MARQUIS DE BRANCAS · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU AU MARQUIS DE BRANCAS

Minute autographe. Arch. de La Brède.

Ce 22 mai 1725.

Je compte. Monsieur et très cher Marquis, que quand on a eu l'honneur d'être connu de vous, on l'est toujours, et qu'un malheureux absent, un homme de province, un philosophe qui pis est, n'est pas pour vous un homme de l'autre monde.

J'ai écrit il y a quelque temps à M, le duc de La Force, je n'ai point reçu de réponse ; si je n'ai point perdu son amitié, cela n'est rien.

a) Biffé : D'avoir à vous écrire dans ce temps-ci... De pouvoir vous mander quelque chose de ce pays-ci. Autrement je n'aurais pu vous mander aucune nouvelle et... — b; Biffé : à mander. La ville est ici très triste : nous sommes pauvre^, nous sommes tous brouillés, nous.. On est pauvre, on se brouille, on se hait beaucoup.

I. Le Mercure de mai 1725, p. 1046, donne la liste des 2 2G personnes qui accompagnèrent l'Infante jusqu'à la frontière.

qO CORRESPONDANCE

Je suis ici au milieu des bois où je n'ai d'autres ressources que la géométrie. Je compte que si je puis être seulement un an sans argent, je deviendrai un fort habile homme. Cette province-ci est dans un état déplorable. Il est étonnant qu'un peuple passe si rapidement d'une richesse excessive à une misère extrême; c'est que les richesses ne donnent point de l'aisance, mais des besoins. Il n'y a que les avares qui profitent de la fortune publique, mais ils profiteraient tout de même de la misère commune.

Mon cher Marquis, je trouve du plaisir à vous écrire, je sens que je m'entretiens avec un honnête homme et il me semble que je le deviens davantage moi-même. Je vous honore et embrasse de tout mon cœur.

Monsieur le marquis de Brancas.

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