‹ Correspondance de Nicolas PoussinChapitre 130 sur 320 · Poussin a Chantelou · texte numérisé non relu

Poussin a Chantelou

(Ms. 12347, fo'- '04-)

en la maison de Môsigneur de Noyers^ paris.

[M. Poussin 21 décembre 1643.

Rend compte des choses que je luy auois commises.]

de Rome Ce 2i'"™« décembre 1643.

Monsieur.

Jay repseu deus de vos lettres par le mesme ordi-

naire, l'une du Xm^ nouembre et l'autre du 19 du mesme. Senest pas san raison que vous vous estes fasché de scauoir que le tableau de S'. Pierre du Mot a esté remis en son lieu deuant que de l'auoir peu finir. Mais vous scaués assés à qui vous en debués l'obbligation. il faut néanmoins que vous preniés la paine de m'escrire. ou que l'on le finisse ou non ce que vous désirés que l'on face de l'ébauche, qui est demourée en garde chez les Moynes.

Du reste vous vous consolés de peu de chose quand vous m'assures que mes bagatelles vous seront agréables au lieu des choses qui n'ont point leur pareil au Monde. Vous vous repentirés peut-estre d'auoir eu trop [de] bonne oppinion de moy quand vous aurés veu le petit Si Paul que je vous enuoyas sous le quatriesme du courant et que maintenât vous aurés repseu de M;; Pointel. Senest pas pourtant que je me puisse escuser sur le peu de temps que jay eu à le fere. Car vous auiés eu tant de patiense en Patente de si peu de chose que je crains [que] d'en auoir abusé.

Monsieur le Cheuallier du Puis vous a escrit et je vous enuoyas ses lettres par l'ordinaire dernier. Et l'un et l'autre vous confessés d'auoir fet une heureuse rencontre de vous estre cognus car pour M^ le Cheuallier je vous assure qui met le honneur de vostre cognoisse au nombre de ses melieures fortunes et vous montrés journellement l'estime que vous fettes de sa personne ausi ne manquai-je pas [d'estre] de luy faire voir en quelle façon vous l'honnorés de vostre amitié.

Il n'est pas besoin de me dire que vous estes deueneu plus prudent que par le passé car vous l'aués tousiours este grandement Mais c'est que vous vous

aués donné le temps de considérer vous [mesme] mesme. il est bien vray que vous estes en une escole là où l'on peut aprendre à deuenir sage. Vous aués le grand liure ouuert où l'on voit comme sur un téatre jouer d'estranges personnage. Mais ce n'est pas peu de plaisir de sortir quelquefois de sortir de l'orquestre. pour d'un petit coin comme incogneu pouuoir gouster les gestes des acteurs.

Sachant le désir que vous aués des secondes coppies des vierges de farnèse Monsieur Le Maire à qui jay parlé de nouueau m'a promis de finir la siene d'après l'original il l'auoit comme Je vous l'ay escrit par paresse et négligense finie d'après celle de Mignart. Mais pour celle que le Vieus auoit commëcée je ne scais commen nous ferons, au pis aler vous pourrés faire coppier à Paris celle que vous aurés de Ciche. mais premièrement je prouuerei toutte chose pour luy la faire finir*.

La vostre du 19™» Nouembre me transit de joye pour ce quil vous plaist me confier touchant l'acommodement de Monsigneur*. Je doubtois bien fort de ses satisfactions, tanplus j'alois considérât sa vertu qui néanmoins quelle soit confessée de tout le mOde est suspecte à grandquantité de malins, qui ruineront ala fin dans une horrible présipise. Car le chemin qui tiennent les i mené tout droit.

La mesme me réjouit et me console doublement

1. Cependant, le Bernin, voyant la copie de « Chique, Napolitain », chez Chantelou, dira : « C'est de ces sortes de copies que je fais du cas » (voir la Relation du voyage du Bernin en France, par Chantelou, éd. Lalanne, Gai^ette des beaux-arts, I" août 1877, p. 176).

2. « La surintendance des bâtiments resta seule à de Noyers comme une fiche de consolation qui ne pouvait inquiéter l'ombrageux cardinal » (Chardon, Les Fréart, p. 62).

quand par les termes que vous usés en m'escriuant je cognois assés éuidamment qui vous plaist me conseruer en l'onneur de vos bonne grâce et de vouloir bien que je vous honnore de tout mon coeur.

Je vous remersie infiniment de la promesse que vous me fettes de vous souuenir de mes interrest si les affaires s'accommodes. Le reste que vous désirés de moy assurés vous Monsieur que jay renonsé à moymesme pour estre tout vostre.

Chascun est résioui de ceque deux personnages si vertueux comme M^ le Viconte de Turenne et M[ Gassion en ayent reseu les marques. M^ Gassion particulièrement est trop généreux pour ne pas honnorer ses amis en tout temps ausy est-il loué générallement de tout le monde, dieu le cOserue*.

Je suis en atendans de vos nouuelles touchant ceque je vous ay escrit des bust du Vitelleschi.

Je vous ay enuoyé un conte par le quel à peu près vous verres ce qui vous auanse d'argent et ce qui a esté despensé, de sorte que vous pourrés pouruoir aux autres despense que vous voudrés faire, et assurés vous d'estre tousiour serui plus soigneusement de moy que si s'estoit mon propre interrest.

Je finirei la présente en vous souhettans les bonnes festes et une melieure nouuelle Anée que la passée. Monsieur Vostre trèshumble et trèsdeuot seruiteur

Poussin

I. « De Noyers, ami sincère et ardent protecteur de Gassion », selon Avenel {Corresp. de Richelieu, t. VII, p. 844), ce qui explique que Poussin se réjouisse particulièrement de ce que Gassion ait été nommé maréchal de France, avec Turenne, le 17 novembre 1648 et conseiller d'État le 27.

Messieurs vos fraires trouueront icy mest trèshumbles

Salutations.

Ma famé vous baise les mains en vous fesant trèspro-

fonde reuerense.

La vision qui m'estoit venue de prier le Secraitaire du Car. Ma. pour l'enuoy de vos quaisses s'est ausitost passée et m'en empescherei forbien.

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