Sont, mot redoublé; le second, non rayé
Le Vitelleschi est fort solicité et depuis que je tretai auec lui il a conté tous les jours et les nuits qui se sont passés luy semblant que une houre dure mille ans pour la grande enuie quil a d'engloutir vos quatrecents et cinquante escus comme un loup affamé dont l'estomac rauissans ne se peut jamais remplir. Mais il ne les a pas enquore. Et ne doubtés pas que je ne fase toutte sorte de dilligense affin que vous restiés serui.
Je vous remercie au surplus de vostre libéralité touchant la rescompense du petit S'. Paul que je vous ay enuoyé quand vous l'aurés veu alors vous pourrés dire peut estre quil vous couste beaucoups J'atens ses reproches de vous Mais auec le temps nous en paierons l'amende.
Je ne me resiouis pas tant de se qui c'est passé au contentement de Monseigneur jusques aujourdhuy comme je me laisse flatter à l'espérance que j'ay de le reuoir bientost plus florissant que jamais. Les difficultés quil a passées ont esté plus périlleuse que le passage de Scilla et Caribde aux nauigans et maintenant flottans par un occéan plus calme il ariuera bientost au port de ses justes désirs.
Hier je fus voire la coppie que le Sieur Ciche a finie, et auiourdhui je l'aurois retirée — si se n'eust esté quelque difficulté que une autre fois je vous raconterei — J'espère la retirer en bref et auec les autres choses qui sont prestes je vous la manderei alla première commodité.
Pour l'enuoy des bust quand ils seront à vous et vostre portraict de sire je chercherei le meilleur moyen et le plus facille pour vous les enuoyer.
1644] ^^ NICOLAS POUSSIN. aSç
[Ch Cich] Ciche et Claude' le vieux m'ont promis ensemblement de coppier les tableaux de chés Monsieur le Cheuallier du puis. Je crois que l'on les commensera incontinent. Jay monstre vostre lettre au bon Monsieur Tibaut qui en a esté fort consolé, et si vostre volonté est de luy aider il seroit bon luy ordonner quelque peu de chose par mois affin que celuy fust un recour dens la nécessité.
La distanse des lieux est cause que souuent les choses que l'on escrit à temps et à propos (se semble) à leur ariuée paresse tout au cOtraire. O que le temps amène de variété en peu de jours. Mais enfin la joye que nous auons eue du retour de M^ alla Cour^ n'a pas esté veine puisque il a fouslé aux pied la difficulté qui se luy estoit opposée Je m'en resiouis doublement puisque il est veu de bon oeil de Sa Maiesté et pour ceque maintenant l'occasion est née pourfaire voir qui est nécessaire qui est homme de bien et qui mérite de commander aux autres.
Nous ne scauons quelle mine faire de la perte de M^ de Guebrien^ et de son armée^. Mais qui scait se qui en doibt succéder? quelquefois si nous n'estions perdus nous serions perdus*. Des plus grands maux
1. Poussin a d'abord écrit Claude (comme on prononce encore en plusieurs provinces).
2. Poussin avait d'abord écrit : de son retour, puis il a corrigé : du retour de M'. C'était à la fois plus clair et plus poli.