Poussin a Chantelou
(Ms. 12347, f°'- '2^0 A Monsieur de Chantelou^ Paris.
[M. Poussin 20 juin 1644.
Il promet d'enuoyer à l'automne l'extremonction et à Pasques un autre sacrement.
Grand discours touchans la coppie de S^ Pierre in Montorio, par M. de S^ Chaumon.]
De Rome ce 20™« juin 1644.
Monsieur Il ne seroit pas de besoin que vous prissiés la peine
I. Triclinium, réunion de trois lits à trois personnes, pour prendre le repas couché, à la mode des anciens. — Voir le dessin de Poussin au Louvre, n* i263 (don de M. His de la Salle, 1866). — « Je possède un autre dessin du Poussin, Triclinio liinare detto Sigma; étude recto et verso d'une peinture
1644] I^^ NICOLAS POUSSIN. 2j'i
de respondre à toutte celles que je vous escris, seullement je me contenterois bien d'auoir de vos nouuelles lors quil est question de vous seruir. principallement la plus part des miennes n'estant que une jointe aux anuis que le malheur du ciècle vous pouroint aporter. Je voudrois bien pourtant estre capable de vous consoler par quelque moyen, mais mon talent est de trop petite estendue, ne pouuantfere autre que jetter quelque souppirs auec vous.
il ne faut point doubter que ne m'ayant jamais (par tant de lettres que jey repseues de vous) parlé de vos chandeliers que je ne creuse que vous n'en auiés pas du tout le contentement que vous en espériés. Mais maintenant que vous me spésifiés le dommage qui y * est ariué (qui peut estre estremédiable) je ne suis pas en tant de peine que j'estois, m'estant bien imaginé dès le commensement que des choses si fragilles ne pouuoint pas, par un si long etfacheus voyage ariuer bien côditionnées quelque dilligense que l'on puisse aporter en l'emballage. Mais des choses fettes le Conseil en est prins. Nous serons plus aduisés autour des choses que nous auons à faire à l'aduenir.
il n'est nullement de besoin de me donner de la stimulasion à finir auec amour et soin les ouurages que je vous ay commensées. L'amour que jei pour vous et l'enuie de bien faire ne peuuent estre augmentés par nul moyen. Touttefois si l'artifice n'ariue à un degré de perfection tel comme vous le dépeignés en l'ima-
des catacombes, représentant une agape, avec l'inscription autographe du Poussin; à la plume lavé de bistre. C'est, à n'en pas douter, le document dont s'est servi le maître, pour le second tableau de ses Sacrements « (Ph. de Chennevières, La peinture française, p. 219).
gination n'en accusés autre que l'exellenses de vos belles idées qui ne se peuuent seconder. levas l'un de ses jours finir l'extrême onction que jespère vous enuoyer cet automne dieu aidans* l'incommodité des grandes chaleurs ne me permettent pas de trauaillier tant que de une autre saison. Et sil sera possible côe je crois vous en aurés un autre pour pasque. Ainsi chasque anée je pourrei vous en enuoyer deux. Sil m'aduansera quelque peu de temps vous me permettrés de l'employer à quelque autre gentillesse pour m'entretenir en * l'amitié de quelque miens amis.
Le bon Monsieur Tibaut es resucité d'auoir veu ce que vous m'escriués. Je luy ay donné dix escus de l'argent qui vous auanse pour le mois de May. Ainsi comme vous le désirés, de sorte que maintenant il ne reste de tout vostre dit argent que cent' et cinquante quatre escus. ayant employé depuis le dernier conte que je vous mandas, septante escus pour la Vierge du maire et trente audit Tibaut pour trois mois et un escus autour du tableau de S'. Pietro In Montorio. Le susdit Sieur Tibaut m'a promis de vous escrire par cet ordinaire touchant les modelles que vous désirés qui me consigne.
Si les curieus que vous me nommés auec leur gui-' don'aprouue ou réprouue ce quejefespeu de resentimen j'en ay et d'une façon et d'une autre il me suffiroit bien de pouuoir contenter moymesme sans prétendre de la louange de ceux qui ne furent jamais loués.
1. L'écriture de Poussin s'altère. Par exemple, le jambage du d de aidans est tout à fait tremblé.
2. Poussin, ayant écrit deux fois le mot cent, l'a rayé une fois.