‹ Correspondance de Nicolas PoussinChapitre 181 sur 320 · Poussin a Chantelou · texte numérisé non relu

Poussin a Chantelou

(Ms. 12347, fol- H6-)

A Monsieur de Chantelou.

[M. Poussin 3' Juillet 1645.

Il me félicite de V accès que jay auprès de M. le Duc d'Anguin^.]

A Rome Ce S»^»* Juillet 1645.

Monsieur il y a huit jours que je debuois respondre à la vostre dernière du 24™*. May Mais ne l'ayant pas repsue àtemps jei remis la partie à cet ordinaire, il ni a point

1. Le mot maison a été surchargé du mot tholle, lapsus probable pour hôtel. Le copiste de l'Institut, et ensuite Quatremère, p. 219, laissent le mot en blanc.

2. Cette charge de secrétaire paraît avoir été seulement honorifique et temporaire. Le grand Condé marchait au secours de Turenne, avec qui il allait remporter la victoire de Nordlingen, le 3 août 1645.

1645] DE NICOLAS POUSSIN. 3ll

de ' double quil ne vous scauroit rien succéder de bien que je ni prenne part comme celuy qui dépent de vous et qui vous ayme et honnore au dernier degré C'est pourquoy je me suis resiouy à la nouuelle quil vous a pieu me donner de l'accès que vous aués auprès de la personne d'un prince du mérite de Mo' le duc d'Anguin ^ La fragillité de la fortune des hommes a tousiours besoin de puissants et gaillards estançons. Néanmoins que l'on die quil ne se faut point fier aux princes ni au fils des hommes là ou il ni a point de salut. Néanmoins nous voyons bien souuent que l'homme est un dieu à l'Homme. Je me resiouirei dauantage de cette rencontre quand je scaurei quelle sera à vostre côtentem'.

Auiourdhui je me suis informé à personnes fort entendues en matière de gants d'odeurs de sauonnettes et de tout ceque vous désirés que je vous enuoye. il m'ont dit que si l'on atendoit jusques à l'autonne que pour les gants ils seroint bien meillieurs que ceux que l'on trouue maintenant qui sont fets de l'anée passée^. Les autres choses que vous désirés se font en la mesme saison. C'est pourquoy si vous pouués atendre vous serés bien mieux serui. J'atendrei donc vostre response sur se subiect.

Pour se qui est de l'argent que vous aués remis en cette ville pour seruir à la despense de vos tableaux de vos testes de marbre et à la pension que vous continués à M^ Tibaut est bien desià diminué. C'est

1. Sur le prestige qu'exerçait alors Gondé, voir H. Chardon, Les Fréart, p. 88.

2. Il y avait une saison pour les gants : « ... lesquels sont assez misérables chez les marchands, si on ne prend soin de les voir faire soi-même dans la saison qui est passée. » Board, Corr., fonds Dupuy 343, 2 décembre 1647.

3l2 CORRESPONDANCE [1^45

pourquoy il sera nécessaire d'en mander de l'autre si vous voulés continuer vos dépenses. Je vous enuoyerei à la première commodité la despense que jei fette jusques à présent. Je vous supplie de me m'escrire si vous voulés que je vous trouue une demie douzeine de ses busts antiques ou si vous serés cOtent de quatre que sil est ainsi vous estes désià serui. Autre chose que je ne vous peus faire scauoir pour cet heure que le Courrier est prést à partir, et que le chaud de l'esté m'afflige puissamment et de telle manière quil a faleu abandonner les pinceaux. Si cependant je me pourrei conseruer la santé je l'estimerei à bonne fortune.

Monsieur Vostre trèshumble et trèsobéissant Seruiteur

Poussin.

Page 1