‹ Correspondance de Nicolas PoussinChapitre 192 sur 320 · Poussin â Chantelou · texte numérisé non relu

Poussin â Chantelou

(Ms. 12347, fol- »55.)

A Monsieur De ChUtelou le Jeune^ à Paris. [M. le Poussin 2i^januier 1646.

1 . Paul de Chantelou résidait souvent au Mans, sa ville natale.

// escript sur la mort de M. de Noyers^ sur les difficultés de tirer les 4 bustes de Rome.] A Rome Ce 2i°>e Januier 1646.

Le long espasse de temps qui s'est passé sans que j'aye repseu de vos nouuelles me mis plusieurs fois en paine et m'a fet doubter de vostre santé ou de quelque autre accident. Enfin le doubte là où j'estois a esté deslié par les nouuelles du trespas de nostre unique et Cher maistre. triste subiec sur lequel Je ne veus pas vous entretenir. Car se seroit renouueller vos douleurs. Mais d'un autre costé il ne faut point que vous croyés que se soit un malheur quil vous soit ariué » . Si jei de la peine à auoir la license de tirer hors de Rome vos quatre testes de marbre auec la patiense on vient à bout de toutte choses. Vous les aurés tost ou tard. L'affaire n'est point enquore désespérée. Au jourdhui jei esté chés le nouueau commissere (lequel a fet ses jours passés la visite des dittes testes) pour voir en quel estât estoit nostre affere. il m'a respondu quil en auoit parlé à l'auditeur de la chambre, et que ledit auditeur luy auoit promis d'en parler au Cardinal Panphile. et que il esperet enbref me mander la license jusques chés moy. Je ne manquerei pas de mon costé à soliciter. Les nouueautés qui tous les jours ariuent en cette ville touchant le fet de messieurs les Barbarins^ sont cause des diffi-

I. Ces a nouveautés » étaient, en effet, des plus graves. Innocent X méditait ouvertement la ruine des Barberini, à qui il devait son élection. Ceux-ci s'enfuirent de Rome le 16 janvier 1646. « L'on voye des rigueurs et violences si estranges contre ces M" les Barberins qu'il semble qu'on s'abandonne icy à toute sorte d'extrémités sans regarder aucun des inconvénients qui en peuvent ariver », écrivait Gueffier le 16 janvier 1646. — Enfin, Innocent X lança, le 20 février 1646, une bulle

cultes qui se rencontre, Car il ne sort rien d'icy que premièrement l'on n'en face mille Informations et recherches, il y a de plus un ordre particulier du Cardinal Panfile de ne laisser sortir de Rome aucune anticaille. Mais tout cela ne nous empeschera pas que un jour nous ne venions au bout de nostre entreprise.

Pour ce qui est du dernier tableau que je vous ay fini je vous l'aurois enuoyé pour le temps que je vous l'auois promis. Mais n'ayant point repseu les lettres que vous m'auiés promis de m'enuoyer. Jei pensé quil seroit à propos de les atendre. Mais tout cela n'est aucune désauenture au contraire. Je l'estime un bon heur. Le temps a esté si facheus depuis Nouembre jusques à maintenant, et ne cesse point, il tombe tant de pluies et fet de si grandes humidités quil y a longtemps que l'on n'en a veu de pareilles, de sorte que il eust peu courir risque ou de se perdre ou de se gasîer. Je vous l'enuoyerei par un temps plus commode, et incontinent que celle que vous me promettes me sera rendue. Vous ne deués pas croire que je prétende plus grande récompense du dit tableau pour i auoir plus de figures que à l'autre que vous aués' Je ne prends pas garde à si peu de chose, il pourroit estre ' que il y en eust moins à ceux qui sont à faire néanmoins que tous seront riches selon leur subiec. Si vous plaist donc (Monsieur) me traicter comme par le passé je serei cOtent et très satisfet.

Il ne m'auanse de vostre argent que quarante trois escus que je reseruerei pour seruir au frais quil fau-

violente contre les Barberini. Elle porta au comble l'hostilité de Mazarin et de la cour de France, qui venait d'accueillir brillamment les fugitifs.

I. L'Extrême-Onction présente seize figures et la Confirmation, vingt-deux.

dra faire alentour de vos marbres et port de vostre tableau. Et sil reste quelque chose j'en tiendrei conte comme s'est la raison.

Il faudra un jour que je vous enuoie vostre coppie de S' Pietro in MOtorio car que voulés vous que j'en face, en fesant glasser certeines drapperies qui sont laissées pour cet effet il peu estre mis en quelque autel et pourroit paroistre mieux que quelconque original de nos peintres de france. vous me ferés scauoir vostre volonté.

Si je vous peus enuoyervos marbres jelesenuoye-

rei à Lion et là en lieu assuré on vous les conseruera.

Jusques à tant que Monsieur Tibaut en passant vous

les conduisse à Paris. Le pauvre garson est for triste

de la perte que nous auons fette. il vous baise les

mains et se confesse vostre trèsobligé. et moy je

demeure à jamais

Monsieur

Vostre trèshumble et trèsobéissant Seruiteur

Le Poussin.

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