Poussin a Chantelou
(Ms. 12347, fol. i58.)
A Monsieur de Chantelou Le Jeune, à Paris.
[M. le Poussin 4^ feburier 1 646.
Il enuoye le tableau de la Confirmation.
// mande quil va trauailler à la pénitence.]
De Rome Ce 4«« feurier. 1646.
Monsieur
Jei repceu la vostre du dernier jour de l'An, avec une lettre de change de nonante quatre pistoles d'espagne. sur lesquelles je prendre! deus cents et cinquante escus pour le payement du dernier tableau de la Confirmation que jei fet pour vous, de ce qui auansera des nonantes pistoles je vous en tiendrei conte demain cinquiesme de se mois je le conseignerei es mains du Courrier de Lion nommé Regart. Je l'adresserei chés Messieurs Vanschor qui vous l'enuoyeront à Paris par le messager. Il vous plaira de payer le port de Lion à Paris. Je payerei de vostre auanse le port d'isi à Lion. Quand vous l'aurés repseu vous voirés la dilligense que jei eusée à celle fin quil ne puisse estre offensé par le voyage. Si d'auenture vous trouuiés en iceluy quelque moisisure ne vous en estonnés point car il n'est verni que de blanc d'oeuf lequel vous ferés oster auec de l'eaue et une esponge et le ferés vernir aueç un vernis fin et légier. Vous scaués le reste des caresses quil luy faudra faire pour le faire parestre. J'atens que vous m'en escriuiés ingénuem* vostre sentiment. Je vas trauailler à un tricline que je crois qui vous donnera du plaisir, après celuy là je ferei le babtesme de Crist.
Jei obteneu à la fin la license pour tirer hors de Rome vos quatre testes de marbre. Je vous les euses enuoyée présentement auec les hardes du Cardinal Masarin mais pour quantité de respects je ne l'ei pas vouleu faire. J'aime mieux prendre une autre occasion. Je vous escrirei de cela tout au long dens peu de temps.
J'escris à Monsieur Scaron' un mot en réponse de la siene où * je * le * prie * de m'excuser si je ne le peus seruir pour le présent. Je vous jure Monsieur quil m'est impossible.
Puis quil vous plaist de vous souuenir de mes Interest je serés bien ayse lors que l'on vous remboursera de se qui vous est deu, que encore l'on me paias ce que le Roy me doit [de reste] Si vous pouuiés faire cela pour moy je n'en serois pas ingrat, du reste que vous me proposés il n'importe pas que vous en mettiés en peine, il me suffit de scauoir la bonne volonté que vous aués de mon bien Je vous en serei toutte ma vie obbligé. Je vous supplie de me rendre un mot de response sur ce que je vous ay escrit touchant vostre coppie de S'. Pierre in Montorio. Car je n'en scaurois que faire. Je vous souhette fœlicité perpétuelle, et serei à jamais
Monsieur Vostre trèshumble et trèsobéissant Seruiteur
Le Poussin.
Monsieur^ Il y a huit jours que j'estois demouré d'accord auec le Courrier nommé Regart de vous enuoyer vostre tableau de la Confirmation, mais sa valise se trouuant trop courte, dit quil ne s'en vouloit pas charger de manière que jei esté contrainct d'atendre set ordinaire pour vous l'envoyer. Demain au matin i2™« de féurier je le conseignerei es mains du Courrier de Lion nommé L'espine lequel m'a promis de le por-
1. Sur les relations de Poussin et de Scarron, voir Ph. de Chennevières, La peinture française, p. 276.
2. Dans le ms. 12347, ^" haut du fol. ibg. C'est un long post-scriptum à la lettre du 4 février et non une lettre spéciale.
ter. Messieurs Van Schore de Lion vous renuoyeroni à Paris en dilligense.
La semaine prochaine je chercherei les moyens de vous faire embarquer vos marbres. Jei fet bien de n'auoir pas pris l'occasion de celle qui emporta il y a quelque jours les hardes du Cardinal Mazarin car elle a esté arestée à Civitavecchia sous de faut prétextes, toutes les quaisses ont portées au Chasteau. et là séquestrées l'on les a ausi touttes ouuertes et desclouées, chose qui m'auroit grandement despieu si le mesme fust ariué aux vostres.
Quand j'aurei fet la despense qu'il est nécessere pour les faire embarquer, et que j'aurei payé le port de vostre tableau jusques à Lion. Je vous enuoyerei le conte des frais que jei fets pour vous. Jei esté payé de la lettre de change, de nouante et quatre pistoles d'espagne.