En bas, à gauche ; franc pour Paris
// parle de Tibault.]
A Rome Ce 7°» Auril. 1647.
Monsieur
J'auoùe ce qui est trèsvéritable que toutes les lettres dont il vous plaist souuent me fauoriser m'apportent tout à la fois du proffit et du contentement. Vostre dernière du quinziesme Mars a fet en moy le mesme effet que celles du passé et quelque chose encore de plus, parceque par icelle vous me fettes scauoir sans aucune feintise ny couleur le sentimement que l'on a eu du dernier tableau que je vous ay enuoyé. Je ne suis point marri que l'om me reprengne et que l'on me critique. Ji suis acoustumé il y a longtemps, car jamais personne ne m'a espargné. Mais au contraire jei esté souuent le but où la médisanse a tiré et non pas seuUement la repréhension. Se qui à la vérité ne m'a pas apporté peu de proffit. parceque cela a empesché que la présomption ne m'aie aueuglé et m'a fet cheminer cautement en mes œuures chose que je veus obseruer toutte ma vie. Et bien que ceus qui me [me] reprennent ne me peuuent pas enseigner à mieux fere ils seront cause néanmoins que j'en trouuerei les moyens de moy mesme. Une seulle chose [seuUement] je desirerei tousiours et ne l'aurei jamais et n'oserois mesme* la dire pour n'estre blasmé de prétension trop grande. Je passerei donc à vous dire que lors que je me mis en la pensée de peindre le susdit tableau de la manière quil est en même temps je deuinas le jugement que l'on en feroit il y a icy de bons témoins qui vous l'assureront de viue vois. Je n'ignore pas que le vulgere des Peintres ne disent que l'on change de manière si tant sois peu l'on sort [de son] ordinaire car la pauure peinture est réduite
à l'estampe ^ Je pourois dire mieus si je disois à la sépulture' (si hors de la main des grecs quelcun l'a jamais vueviuante). Je vous pourrois dire des choses sur se subiect ici qui sont très véritables et cognues de personne, il les faut donc passer sous silense. Je vous prierei seullement de recepuoir de bon oeil comme s'est vostre coustume, les tableaux que je vous enuoyerei bien que tous soint différem* dépeint et colloriés vous assurant que je ferei tous mes effors pour satisfere à l'art à vous et à moy.
et parceque j'espère pour la mi May ou enuiron vous enuoyer celuy de la pénitense j'en rccepuerei le paiement de Monsieur Giericot Ainsi comme vous l'aués ordonné — sans perdre le temp pour atendre vos lettres de change.
demain au matin je ferei porter la forme de l'Hercule de Farnèse en lieu assuré, et la coppie de la trisfîguratio je vous l'cnuoyerei à la première occasion qui se présentera par le destroit.
Pour ce qui est du procéder de M^ Tibaut enuers vous et du peu de satisfaction qui vous donne, j'en demeure estonné et je vous assure que ji ay esté trompé, il est vray que je l'ai recongneu estimer trop se quil fet et en estre par trop jalous, ausi d'un autre costé je ne pouuois pas le forcer de me mettre en main ses modelles lorsque vous me dites de les reti-
1. « Si i'cntends bien ces mots, il veut dire que la peinture n'ose plus inventer, mais va se répétant, comme une planche est répétée par l'estampe, ne consiste plus qu'en « clichés », bref ne vit plus, car c'est par les combinaisons neuves que l'art est vivant s (Paul Desjardins, La méthode des classiques français, p. i85).
2. Le mot sépulture est très clair dans le ms., c'est à tort que l'on a souvent lu : sculpture.
rer particulièrement m'aiant assuré quils estois tous vostres, et que luy mesme vous les porteroit. S'il i a eu de la duplicité, je n'en ay rien seu. L'on ne voit pas dedens le coeur des hommes. Je mi suis fié encore [manière que] et je commensc à craindre qu'il ne me paye comme vous.
il ni a maintenant personne à Rome qui face bien un portraict ce qui sera cause que je ne vous enuoyerei pas si tost celuy que vous désirés
Monsieur Vostre trèshumble et trèsobéissant
Seruiteur Le Poussin