I. En bas, à gauche : franc pour Paris
quoy Jei tardé jusques à maintenant à faire response à vostre dernière du 27™* mars cette fueille de papier ne suffiroit pas, et partant j'userei de breinte et vous direi que par icelle comme ausi par les deux présédentes je me suis aperseu que le tableau du babtesme que vous aués repseu le dernier ne vous a pas si satisfet comme les deus précédens. quoy que auec belle manière vous esseyés de me consoler et taschés à vous en contenter. Vous deués vous assurer que ji ay procédé avec le mesme amour dilligense. Jy ay employé le mesme temps que aux autres précédens et que le désir de faire bien est tousiours égal. Mais le succès de toutte nos entreprises ne réusit pas tousiours auec le mesme bon heur et que tous les hommes du monde on esté subiects à cette maladie Je n'adiurei aucun exemple car il y a trop.
Je vous enuoye maintenant la penitense. que jei fette Je ne sey si elle suffira pour effacer la coulpe des fautes passées. Je ne vous ferei là dessus aucun prologue car le subiec est représenté en manière quil me semble quil n'a pas besoin d'interprète pourueu seuUement que l'on aye leu l'euangille. Je l'ei conseigné au courrier nommé Moslart il est franc de port jusque à Paris. J'en ai payé quatre pistoles et jamais ne l'a vouleu porter à moins. Le prix me semble extra ordinaire, mais parceque cette mesme difficulté m'a fet perdre huit jours de temps ne m'estant peu accorder de prix auec le courier précédent et pour n'atendre pas à l'autre ordinaire à vous l'enuoyer lequel peut estre m'eust tretté encore pis (parceque il sentrentêdent comme larrons en foere) Jei donné à celuy si se quil a vouleu. Il s'est obligé de vous l'enuoyer à Paris par le messager. Néanmoins
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je l'ei recommandé à Monsieur de l'Abel de Lion et à M^ Serisier. quand vous l'aurés repseu et considéré vous m'en escrirés sil vous plaist vostre sentiment sans adulatiO.
Jei repseu pour payement du dit tableau de la pénitense. de Monsieur Giericot la somme de deux cents cinquante escus Monoye de Rome. (Je luy ay fet croire d'auoir repseu d'aillieurs cinquâte escus, affin quil pense quil me soit payé cent pistoles) lesquel il vous plaira luy paier conforme aux lettres de change que je luy ay fettes première et seconde à huit jours de vue — et vous plaira de m'en donner aduis. Jei commensé le cinquiesme qui représentera l'ordre de prebtrise. et continuerei di trauaillier si la trop grande chaleur de l'esté ne m'en empesche et si dieu me consède la santé dens un an je me promès d'auoir fini tous les sept.
Jei fet porter chés moy la forme de l'Hercule qui occupe la Moitié de Ma maison là où je la conseruerei tant que il vous plairra.
Je ne vous enuoyerei point la coppie de S' Pietro in Montorio que quand les veseaux de S' Maslo se partirons de ses cartiers
Je vous aurois présentement enuoyé le conte de la despense que jei fette pour vous depuis nostre dernier conte mais je suis trop pressé se sera par la première occasion
Je serois bien aise de scauoir si le petit Tibaut vous a contenté et si vous aués achetté quelcun de ses marbres. Nous n'entendons aucunement de ses nouuelles et nous ne scauons sil est vif ou mort.
Vous verres bientost à Paris un de vos affectionnés qui retourne d'icy. il est de ces hérétiques qui croyent
que Vostre Seruiteur le Poussin, a quelque talent en la peinture qui n'est pas commune Mais jei peur que l'on ne le lapide sil ne se tait, car il n'est plus temps de illuminer les aveugles; Crist mesme en fut mal vouleu.
Monsieur Vostre trèshumble et trèsdéuotieus Seruiteur Le Poussin
[M. Poussin 10^ juin 1647.
Il parle de lenuoy du 4^ Sacrement et quil trauaille tm cinquiesme.]
De Rome Ce. lo'f'Juin 1647.
Monsieur
au dcffaut de celle que je vous escriuis il y a huit jours je vous aduertis que je vous enuoyas le quatriesme de vos tableaus où est représenté la pénitense. Je le conseignas au Courrier de Lion nommé Moslart. à condition quil vous le feroit tenir à Paris franc de port ayant repseu icy à Rome pour cet effet quatre pistoles dont j'en ay tiré repsuc vous ferés dilligense de le retirer de chés le messager quand il sera ariué à Paris
Jey esté payé par les mains de Monsieur Giericot que vous rembourserés sil vous plaist. quand vous
I. PoiQtel « avoit tant de passion pour les ouvrages de son ami, que bien loin de les vendre, il n'auroit pas voulu s'en priver seulement pour un jour » (Féllbien, Entretiens, etc., P- 34î).
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aurés repseu les lettres de changes première et seconde à huit jours de vue que Je lui ei fettes.
Je vous enuoye auec la présente le conte de l'argent que jey despensé pour vous depuis le dernier jusques à maintenant si vous le trouués bon il vous plaisra me mander une descharge affin que il ni aye que redire en nos afferes.
J'atendrei que les veseaus de Si Maslo se partent d'icy pour vous enuoyer vostre coppie de la transfiguration.
Je serois bien ayse de scauoir si vous aués changé de délibération touchant les autres sis testes de marbre que vous vouliés que je vous achettasse ou si vous aués trouué celles que le petit Tibaut a emportées de Lion à Paris à vostre goust. et si vous en aués pris se qui vous manquoit.
Jei fini d'esbaucher le cinquiesme de vos Sacremens que j'espère qui réussira de bonne manière Si la chaleur de l'esté est trop incommode je ne ferei que ourdir, mais si * elle est * modérée je cOtinuerei au finiment de ce cinquiesme que je pourrei vous enuoyer au commensement de cette automne.
Je ne scaurois pour cet heure que vous escrire dauentage sinon que je vous prie de croire que vous n'aués point de seruiteur qui vous soit plus déuotieux que moy et qui serei tousiours Monsieur Vostre trèshumble et trèsaffectionné
Seruiteur Le Poussin Monsieur le Cheuallier du Puis vous baise les mains comme ausi M"" son frère.