Tout ce paragraphe, verticalement, en marge
voudrait bien ne point veoir son virgile et ne point trauailler pour luy.]
De Rome le lai;"* Ganuier .1648.
Monsieur
J'aurois peut astre encore différé dauantage à vous escrire si auiourdhui je n'auois repseu de vos lettres. Le retardement a procédé d'une Indisposition qui m'est venue il y a quelque temps et de laquelle je me trouue trauaillé. Jei une douleur à la teste qui du front me respond à la nuque. Je ne peus tousser ni faire autre effort sans souffrir grande douleur. Si le mal me dure vostre dernier tableau demeurera en Testât qu'il est. mais ausi tost que je me porterei bien je continuerei à y trauailler.
La Satisfaction que vous me témoignés d'auoir du tableau de la Scesne que je vous ay enuoyé le dernier me console grandement car le plus grand plaisir que j'aye au monde est de pouuoir vous faire quelque chose qui vous plaise, et ni-a rien qui me peust fâcher que quand vous croiriés autrement.
J'auois désià escrit à Monsieur Scarron en response de celle que je repsus auec son Tiphon bourlesque mais celle que jei repsue auec la vostre me met en nouuelle peine. Je voudrois bien que l'enuie qu'il luy est venue luy fust passée et que ma peinture ne luy plust non plus que me plest son bourlesque. Je suis marri de la peine qu'il a prins de me l'enuoyer mais se qui me fasche dauantage il me menasse d'un sien Virgille trauesti*, et d'une épitre qu'il m'a destinée dans le premier liure qu'il imprimera, il prétend
I. Le Virgile travesti parut en effet de 1648 à i652; il faut reconnaître que Scarron s'en lassa plus vite que le public et le laissa inachevé.
1648] DE NICOLAS POUSSIN. 3jg
me faire rire comme les estropiés comme luy; mais au contraire j'en debuerois pleurer, voyant que un nouueau Hérostrate setrouue en nostre pais. Je vous dis cesi en confiense ne désirant pas qu'il le sache. Je luy escrirei tout autrement que je ne fets à vous. J*esseierei à le contenter au moins de parolles. ma teste ne me permet pas d'escrire dauantage. Je demeure à tousiours
Monsieur Vostre trèshumble et trèsobéissant Seruiteur
Le Poussin Désormais je vous ferei
tenir mes lettres par
Monsieur Giericot.