‹ Correspondance de Nicolas PoussinChapitre 245 sur 320 · Poussin a Chantelou · texte numérisé non relu

Poussin a Chantelou

(Copie de l'Institut, lettre 121.)

De Rome le 22« Janvier i65o.

Monsieur J'aurois maintenant satisfait à la promesse que je

fait des compliments de la part de M. de Trilport. Je l'ai adressé à M. Valeran [maître des postes] pour avoir des huiles de la Sig" Magdalena... » {Corresp., 7 juillet 1649).

I. C'était peu, vu la qualité, car Board écrit que les gants coûtent une et une demi-pistole la paire (la pistole de trois écus).

l65o] DE NICOLAS POUSSIN. 4II

VOUS avois faitte de vous envoyer mon portrait si la volonté que j'en avois n'eut point rencontré d'obstacle. Monsieur l'Ambassadeur' a tant fait que je n'ai pu faire de moins que de lui promettre de faire pour le commencement de cette année, une Vierge portée par quatre Anges', que je lui ai finie de devant hier seulement, ce qui a été cause que j'ai laissé plusieurs choses en arrière. Chose semblable m'est arrivé souvent c'est pourquoi il ne se faut pas étonner si quelque fois, ce que j'ai promis de faire en un temps se transporte en un autre. Je vous suplie de croire que j'ai un déplaisir particulier de vous faire tant attendre et que au plus tôt qu'il me sera possible j'accomplirai ma promesse. Vous m'obligerés grandement de ce que vous remettes à commodité les autres choses que vous désirés que je fasse. Car je me trouve trop embarassé. J'espère que la première fois que vous me ferés l'honneur de m'écrire vous me ferés scavoir les nouvelles de delà je demeure à jamais Monsieur, Votre très humble

et très obéissant serviteur Signé : Le Poussin.

1. La copie de l'Institut porte en marge cette note au crayon : « M. de Créqui, je crois. » Cependant, l'ambassadeur à Rome en i65o n'était pas Créqui, mais le commandeur Louis de Valençay, qui était arrivé pour remplacer Fontenay-Mareuil le mercredi 4 juillet 1649 (d'après Board, Corr.) et qui y sera encore en i653. Le duc de Créqui (1623-1687) ne sera ambassadeur à Rome qu'en 1663. C'est cependant pour lui que Poussin peindra, en i65i, « une Vierge dans un palsage, accompagnée de plusieurs figures » (Félibien, Entretiens, p. 43).

2. Fr. Villot, dans le Catalogue du Louvre, p. 275, croit que c'est la célèbre petite Assomption, n* 429.

412 CORRESPONDANCE [l65o

(Copie de l'Institut, lettre 122.)

de Rome i3« Mars i65o.

Monsieur,

Ce seroit avec grand contentement que je ferois réponse à Votre dernière, si j'avois quelque bonne nouvelle à vous écrire sur le sujet des tableaux que je vous ai promis, mais particulièrement de celui de mon portrait, que je n'ai pas pu encore finir. Je confesse ingénument que je suis paresseux à faire cet ouvrage auquel je n'ai pas grand plaisir et peu d'habitude, car il y a vingt-huit ans que je n'ai fait aucuns portrait^ néanmoins il le faut finir car j'aime bien plus votre satisfaction que la mienne. Les autres choses que je vous ai promises se feront à leur temps.

Pour Monsieur de Mauroi^ et de ce qu'il désire que j'observe au tableau de la Nativité qu'il veut que je lui fasse. Il n'y a nulle difficulté, la résolution qu'il a faite d'attendre me plait sur toutes choses, à mesure que la vigeur me vas manquer les années s'augmentent

1. H. Chardon {Les Fréart, p. 78) ne connaît de Poussin, outre ses deux portraits de lui-même, que ceux de Duquesnoy et de Clément IX (Giulio Rospigliosi). C'est celui de Duquesnoy (mort le 12 juillet 1643) qui doit remonter à vingt-huit ans. Cependant, Smith, dans son Catalogue raisonné, mentionne encore un portrait de la collection de la marquise de Bute, à Luton, où Poussin se serait peint vers la quarantaine. Ce portrait serait peut-être la copie dont Poussin parle au début de sa lettre du 29 mai i65o.

2. « En i653, il fit pour M. de Mauroy, Intendant des Finances, une Nativité de Notre Seigneur, et les Pasteurs qui viennent l'adorer » (Félibien, Entretiens, p. 44). — Je crains que M. Bonnaffé ne se trompe quand il parle d'une Adoration « des Mages » chez M. de Mauroy {Dict. des Amateurs).

l65o] DE NICOLAS POUSSIN. 4i3

et le travaille qui est le moyen de bientôt succomber sous le faix si je n'y trouve remède. Je demeure à jamais

Votre très humble et très obéissant serviteur Signé : Le Poussin.

J'ai reçu il y a peu d'heurs la dernière qu'il vous a plut m'écrira; laquelle étant assés conforme à la précédente. Ce peu de réponse servira pour touttes les deux. Je vous remercie de vos nouvelles qui sont un peu contraire à celles qui courrent entre le commun. Continués moi vos grâces sil vous plait.

Page 1