‹ Correspondance de Nicolas PoussinChapitre 261 sur 320 · Poussin a Hilaire Pader · texte numérisé non relu

Poussin a Hilaire Pader

Lettre de Monsievr Le Povssin^ Premier peintre dv Roy, av sievr Pader.

Monsievr, Il y a peu de iours que ie receus un pacquet que vous m'auez enuoyé de Monaco''*; L'on me l'a rendu tard, d'autant (comme ie pense) que procédant en toutes mes opérations, tout doucement et à l'aise, ie suis peu connu du Maistre des Postes : après en avoir fait l'ouuerture, et leu les vers de vôtre Peinture parlante, ie me suis trouué vostre obligé en diuerses façons; La première à vous remercier de la mémoire, que vous auez eu de moy en diuers temps, et lieux, d'où il vous a pieu m'écrire des Lettres qui ne m'ont pas esté rendues, car ie n'aurois pas manqué d'y respondre à l'heure mesme. La seconde est de l'honneur que vous m'auez fait d'insérer mon nom dans vostre ouurage de Poésie, quoy que vous m'eussiez dauantage obligé d'en parler un peu plus bassement^, et selon mon peu de mérite : ie le reconnois pour un

1. Hilaire Pader (1607-14 août 1677), peintre, graveur et poète, né à Toulouse. Reçu académicien le 6 décembre lôSg. La lettre de Poussin se trouve à la page O2 de l'ouvrage : La peinture parlante, dédiée à Messieurs les Peintres de l'Académie royale de Paris, par H. P. P. P. Tolosain, 1657 (Bibl. nat., V. io3i7).

2. Dans le même ouvrage, Pader se dit « Peintre de Leurs Altesses de [sic] Maurice de Savoye et de Monaco ».

3. Dans son poème, Pader décrit, en 268 vers, « divers exemples tirés des œuvres de Mr. Poussin » : « Des Roys, des Bergers, des enfans, des Vieillards, des Guerriers, des Prophètes, des Amans, des Nymphes, des Bâchâtes, des Triôphes, des Draperies, des Nudités, des Tableaux de Dévotion, des Mystères joyeux ». C'est long (p. 19 a 26), vague et monotone.

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effet de la bonne volonté que vous auez pour moy, dont ie vous suis infiniment redeuable. Il ne faut pas que vous vous incommodiés pour m'enuoyer les autres parties de vostre Poésie, l'on iuge bien du Lyon par l'ongle.

Je n'ay pas encore fait voir la pièce que vous m'auez euuoyée, ie la reserue pour quelqu'un qui en sçaura gouster la beauté; Ce n'est pas le gibier des Peintres médiocres, ce seroit semer des perles deuant les porcs, que de leur présenter vostre Liure pour le lire.

Au demeurant ie suis bien marri de ne vous pouuoir enuoyer réciproquement quelque chose du mien, cOme vous le désirés, l'on n'a rien graué de mes ouurages', dont ie ne suis pas beaucoup fâché : Regardés cependant si ie vous puis seruir en quelque autre chose, et commandés celuy qui est de tout son cœur,

Monsievr,

Vostre tres-humble et tres-affectionné serviteur, •

Le Povssin.

A Rome le 3o. Januier 1654.

« Nostre Apelle François » et son « illustre Pinceau » y sont

loués par Pader avec une banalité pitoyable :

« De plus ce grand ouurier par ces rares praticques N'eust iamais son pareil, quand à l'air des Antiques? Il les suit de si près que ie dis et maintiens Qu'il ne cède à pas un des Peintres Corinthiens; ... Et ie ne feindray pas de dire à haute voix Que tous les peintres Grecs sceurent moins qu'un François, Oui ie croy fermement qu'il sçait tout ce qu'ils sceurent, Et qu'estant ce qu'il est, il est tout ce qu'ils furent » (p. a5). Déjà, en 1649, Pader, dans l'Avertissement sur le traité des

Proportions, appelait Poussin, avec plus de goût : « L'honneur

de notre France ».

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