Au-dessous de l'adresse, en petits caractères : franc
442 CORRESPONDANCE [l655
tesmoigne estre fasché que M. le Chlier du Puy refuge leschange des coppies de nos Sacrements.
Il trauaille à la composition de la Vierge en Egypte.
Et songera à la conuertion de S^ Paul.]
Le 2^'^^ décembre. i655. à Rome.
Monsieur
La vostre du 26. nouembre me fut rendue si tard que je ne pus y répondre par l'ordinaire passé il falut mesmement que je prince la commodité de Mo^ Fouquet pour luy la communiquer, il auoit receu sous la mesme datte de la vostre, lettre de Monsieur le Surintendans son fraire par lesquelles il luy fesoit scauoir l'état où étoit mon affaire conformément à ce qu'il vous a pieu m'en escrire. Vous l'aués mise en bon chemin, et tous les bons commencements promettant une bonne fin j'espère que tout ira bien. yio^ Fouquet qui est en cette ville me promet de si porter en homme genereus. Je m'assure que vous vous y emploierés comme patron et ami. Jei besoin en ce cas là de vostre soin et solicitatiô et de quelque fois faire souuenir. Mo"; le procureur général' de mon affaire. Car il * pourroit oublier une si petite chose entre de si grandes où il est touiours occupé; Je vous suplie de tout mon coeur de le faire.
I. Nicolas Fouquet fut procureur général de i65o à 1661. A la même date, Louis Fouquet écrivait à son frère, le 27 déc. i655 : « ... M. Poussin m'a prié de vous faire souvenir de son affaire. C'est un homme d'un mérite tout à fait extraordinaire. Il vous fera faire des Termes admirables; ce seront des statues qui vaudront celles de l'antiquité. » Sur ces Termes, voir Ph. de Chcnnevières, La peinture française, p. 238. — Le 28 décembre iGôS, Fouquet obtiendra de Louis XIV la confirmation du brevet décerné par Louis XIII à Poussin et le paiement des « gages et provisions omis ».
l655] DE NICOLAS POUSSIN. 443
Jei remercié Mo' de Mauroy du bon office quil ma rendu en ce rencontre. Je le seruirei en ce qu'il désire de moy que jei dilaié par nécessité et non oublié.
Jei grand regret de ce que Mo' le Cheualier du Puis prend des excuses maigres pour vous nier ce que vous désirés de luy auec tant d'auantages. c'est une Ingratitude Italiane. mais vous vous en pouués bien passer.
Pour ce qui concerne les autres choses que vous m'aués commandé je ferei tout mon possible à ce que vous soies serui il ni a que la longueur du temps que je crains qui ne vous dure trop. Mais il est nécessaire d'atendre. il m'est impossible de faire autrem'. Vous sériés maintenant fidellem' serui si la chose dépendoit de moy et de mes soins.
Je trauaille autour de la pensée et distribution de la Vierge en Egipte de Madame de Montmort à qui je baise très humblement les mains.
Je rumine souuent en mes heures d'élexion à la ConuertiO de S' Paul.
Je serei trompé si pouilli* fait quelque chose de bon autour de vostre Vierge car il n'entent pas le clair et l'obscur, il est ausi resis et taillant en ce quil fait et sans garbe. Je me recommande mille fois à vos bonnes grâces, qui suis
Monsieur Vostre trèshumble et trèsobéissant
Seruiteur Le Poussin
I. Deux frères graveurs, d'Abbeville : François de Poilly (1623-1693), l'aîné, est plus connu que le cadet, Nicolas de Poilly (1626-1690) (voir Duplessis, Histoire de la gravure en France, p. 143, 249, 258).
Je baise trèshumblem' les mains à Messienrs vos fraires de qui je suis trèshumble Seruiteur.