Poussin a Chantklou
(Ms. 12347, fol. 233.)
A Monsieur de Chanîelou,
Coiis''' du Roy et maistre ordinaire de son hostel,
à Paris.
[16 noucmbre 1664.
M. Poussin me recommande ses héritiers à qui il laisse x' escus*.]
à Rome, Le iG'^. nouembre 1664.
Monsieur
Je vous prie de ne pas vous étonner sil i a tant de temps que je ne me suis pas donné l'honneur de vous faire scauoir de mes nouuelles, quand vous en scaurés l'occasion vous ne m'escuserés pas sellement mais vous aurcs compatis de mes misères, il y a noeuf mois que jei tenu ma bonne famé au lit malade d'une tousse de riebure étique, qui après mille remèdes inu-
1. lu Chantclou écrit en haut de la lettre ces trois mots qui inarquem l'inquiétude de l'ami : tremblement de main (Ph. de Chenncviéres, La peinture française, p. 2<)(>). — Sur la façon d écrire io,(kxi, cf. Louis XIII à Richelieu : « La dernière recrue des X homes de la cavalerie » (M. Topin, Louis XIII et Richelieu, p. 192).
2. M. Advicllc {Recherches sur Potissiu, p. ii3) croit qu'il faut lire : l'O nouembre, puisqu'il a testé le 25. Cependant Poussin a bien écrit : 1 (> et non 2("). La date répétée par Chantclou est cachée à moitié par une bande de papier : on ne voit que le deuxième chitVre de la date, G. — Il est vraisemblable quà la date du 16 novembre ir>G4, c'est-à-dire quand il écrivait à Chantelou, Poussin avait seulement écrit un testament succinct, qu'il se décida, peu de jour;; après, à rédipcr avec le concours du notaire J.-B. Rondini et dans toutes les formes légales. Ce testament, ainsi rédigé le 25 novembre iG<')4 (et dont le texte n'est pas connu), fut annulé par le testament définitif du 21 septembre i6G5, dont la traduction est publiée plus loin \<>ir Ph. de Cl)eiine\ ières, La Peinture française, p. 292).
1664] DE NICOLAS POUSSIN. ^Sç
tiles l'aiant consommée jusques aus os et m'auoir estraordinairement inquiété est morte \ quand j'auois plus besoin de son secours m'aiant laissé chargé d'anées paralitique* plain d'infirmités de touttes sortes étranger, et sans amis (car en cette Ville il ne s'en trouue point). Voilà l'état où je me trouue. Vous pouués vous imaginer le demourant, l'om me presche la patiense qui est le remède à tous maus, laquelle je prens comme une médecine qui ne couste guère mais ausi qui ne guarit de rien.
Me voiant en cet état qui ne peut durer jei voulu me disposer au départ, jei fait pour cet effet un peu de testament par lequel je laisse plus de dix mille escus' de cette monnoie à mes pauures parens habitans à Andely, qui sont gens grassiers, et ignorant lesquels ayant après ma mort à recepuoir cette somme, auront grand besoin du secours, et aide de quelque personne fidelle et charitable. Je vous viens suplier en cette nécessité de leur prêter le main et* les conseiller, et prendre leur protexion afin qu'ils ne soint trompés ou volés ils vous en viendront humblement requrir, je m'assure sur l'expériense que jei de vostre bonté que vous le ferés volontiers comme vous aués fait de vostre pauure Poussin en l'espase
1. « Acte de décès de Anne-Marie, fille du sieur Jacques d'Ughet, romaine, âgée de 52 ans, femme du sieur Nicolas Poussin. » Registres de la paroisse de San-Lorenzo in Lucina, 16 octobre 1664.
2. « Ses indispositions, avec le temps, s'accrurent et l'épuisèrent tant que dans les dernières années il sortait à grand'peinc de sa maison... » (Bellori, Le Vite de' pittori, trad. Rémond, p. 35).
.^. « ... des biens qu'il avait acquis, il laissa quinze mille écus, qui paraissent bien médiocre somme après tant de travaux » (Bellori, Le Vite de' pittori, etc., trad. Rémond, p. 36).